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Safi, la bouchère qui nourrit la ville de Butembo depuis 17 ans

Elle s’appelle Safi Kavira Mutekerya, mère de 9 enfants. Elle vend de la viande depuis 17 ans. Un métier supposé réservé aux hommes. Si voir le sang, ou découper la chaire fait peur à plusieurs femmes, ce n’est pas le cas pour Safi. Voici l’histoire d’une femme d’exception.

Elle s’est mariée alors qu’elle était mineure. Aujourd’hui Safi Kavira a 39 ans. Elle détient à elle seule trois boucheries. L’une d’elles est située dans la partie est de la ville de Butembo. C’est la boucherie dénommée  « Yesu aza bien », un nom en lingala qui signifie « Jésus est bienveillant ». Elle y passe ses journées. Depuis 17 ans, cette femme brave les préjugés de la société en faisant ce travail.

Celle qui a troqué la craie contre la machette de boucher

Safi a commencé comme enseignante, mais elle ne pouvait pas nouer les deux bouts avec son maigre salaire. La journée, elle allait à l’école, le soir elle se convertissait en vendeuse de poisson. Ses affaires marchaient bien. Elle se lance ensuite dans la vente des « djoro-djoro », têtes de poissons salés qu’elle ramène de l’Ouganda pour les revendre à Butembo. Mais ces produits seront interdits de vente au Congo. Elle perdra tout dans la saisie et l’incinération de sa marchandise par les autorités. Safi se souvient avoir perdu plus de 450 dollars américains, ce qui constituait le gros de son capital. Mais elle ne se décourage pas.

Elle rentre en Ouganda trouver une autre inspiration. Désormais, elle rachète des parties de viande de vache que les Ougandais ne consomment pas, mais dont raffolent les Congolais. Tête, peau et pattes des vaches, elle ramène au Congo.  En les revendant à Butembo, elle fait jusqu’à 8 fois plus de bénéfices. C’est ainsi qu’elle arrêtera l’enseignement pour se consacrer à la vente de viande importée. Petit-à-petit, elle finit par commencer à acheter ses propres vaches qu’elle dépèce elle-même pour en vendre la viande à Butembo.

D’une seule vache à un cheptel !

Malgré son mariage précoce, Safi a continué ses études jusqu’en deuxième année de graduat. Mais elle a dû arrêter pour se concentrer à la première boucherie qu’elle venait d’ouvrir. « J’avais tout appris de certains bouchers qui étaient mes maîtres. Ils étaient très fiers de mon application », se souvient-elle. Elle venait de gagner assez d’argent à l’époque pour acheter sa première vache. L’une de ses boucheries est située près du rond-point Victoire de Butembo.

Aujourd’hui, c’est plusieurs vaches qu’elle importe des pays voisins. Elle a impliqué son époux dans la gestion de ses affaires. Safi encadre aussi quelques femmes à qui elle apprend le travail de boucher. Son fils ainé, qui aura bientôt 24 ans, l’aide aussi quelques fois quand il ne fait pas son métier d’électricien. « Je prépare la relève maintenant. Je viens de devenir grand-mère », me dit-elle fièrement. Peut-être pourra-t-elle prendre sa retraite à 45 ans ! Et ce serait mérité.

 

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