Il y a cinq ans, je posais mes valises à Kinshasa. Je me souviens encore de cette époque où j’étais étudiant. La capitale représentait pour moi beaucoup de choses à la fois : une nouvelle vie, de nouvelles opportunités, mais aussi beaucoup de nouvelles rencontres.
Comme beaucoup de jeunes qui arrivent à Kinshasa, j’avais des rêves, des projets et surtout cette conviction que la grande ville allait peut-être changer ma vie.
Kinshasa m’a appris beaucoup de choses.
« Je suis venu à Kinshasa pour changer ma vie. Je ne savais pas que Kinshasa allait d’abord me changer. » Lol.
Cette ville m’a d’abord appris que la vie ne se passe pas toujours comme on l’avait imaginée. Au départ, je venais à Kinshasa en espérant trouver un travail dès la première semaine. C’était utopique. Ici, il faut savoir attendre, chercher, recommencer et parfois accepter que certaines portes restent fermées. Mais il faut surtout continuer à avancer.
Elle m’a aussi appris à connaître les gens. À Kinshasa, on peut rencontrer, en une seule journée, des personnes qui viennent de presque tous les coins du pays. Des personnes avec des histoires différentes, des ambitions différentes et des manières différentes de voir la vie.
Aujourd’hui, mes amis proches, ceux que je côtoie régulièrement, ne viennent plus forcément de Kisangani, ma ville natale. La plupart viennent du Grand Kasaï, du Katanga, du Kongo Central ou encore de l’Équateur.
La débrouillardise kinoise, je m’y suis mis aussi.
Avant de venir ici, j’en avais entendu parler. Après cinq ans, je peux dire que je l’ai vécue. Kinshasa peut te donner l’impression que tout est compliqué, mais elle te pousse aussi à chercher des solutions là où tu ne pensais pas en trouver.
Cette ville me rappelle toujours une phrase qu’on se disait à la fac, en G2 : « Tout paraît facile, mais en réalité tout est compliqué. » Kinshasa, c’est un peu ça aussi. Tu peux avoir autour de toi beaucoup de choses qui semblent rendre la vie confortable, mais ce confort peut aussi t’endormir si tu ne fais pas attention.
Fuyant justement le confort familial, j’ai décidé de faire quelque chose de ma vie. Et c’est à Kinshasa que j’ai découvert que j’étais capable de faire beaucoup de choses. Juriste de formation, je me suis transformé en journaliste, sans formation en plus. À côté de ça, je suis devenu designer et réalisateur.
Kinshasa n’a pas toujours été tendre avec moi.
Il y a eu des moments de doute, des déceptions, des projets qui n’ont pas marché malgré mon investissement, des personnes qui sont parties et d’autres qui sont arrivées. Il y a eu des jours où je me suis demandé si j’avais vraiment fait le bon choix en venant ici. J’ai même failli tout abandonner et rentrer à Boyoma.
Aujourd’hui, chaque fois que je regarde le chemin parcouru, je comprends que même les difficultés avaient quelque chose à m’apprendre.
Pendant que j’essayais de construire ma vie dans cette ville, c’est aussi cette ville qui était en train de me construire.
Bon bref, la vie ne sera jamais rose pour les humains. Et même si elle devenait rose, les épines ne disparaîtraient pas.
Kinshasa m’a rendu plus patient, plus réaliste et peut-être même plus exigeant envers moi-même.
J’ai appris que réussir dans une grande ville ne signifie pas seulement avoir un bon emploi ou gagner de l’argent. C’est aussi apprendre à se connaître, savoir ce que l’on veut, accepter les échecs et continuer malgré tout.
Après cinq ans, je ne peux pas dire que Kinshasa est parfaite. Elle ne l’est certainement pas.
Je peux seulement dire qu’elle fait désormais partie de mon histoire.
J’y suis arrivé comme quelqu’un qui cherchait sa place. Cinq ans plus tard, je ne sais pas si je l’ai complètement trouvée. Mais je sais une chose : je ne suis plus la même personne.
Et peut-être que c’est ça, finalement, le plus beau cadeau que cette ville pouvait me donner.
Cinq ans à Kinshasa, ce n’est pas seulement cinq années passées dans une ville. C’est cinq années d’une vie qui a changé.
