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Tanganyika : la ville de Kalemie suffoque et étouffe

Il y a quelques années, Kalemie montrait des signaux de progrès. Aujourd’hui, la ville n’a plus que la beauté du lac Tanganyika à offrir. Elle suffoque et asphyxie ses habitants. Face à des autorités perçues comme inefficaces, la population a perdu patience. Tout le monde sait qu’il y a des autorités, peu savent à quoi elles servent.

Depuis début octobre 2026, la ville est privée d’électricité et donc pas d’eau potable non plus,  à la suite d’une panne généralisée qui tarde à être réparée. Les ménages démunis ne peuvent s’offrir de générateur, et le choléra se propage rapidement à cause de la consommation d’eau non traitée.

Pourtant promise au développement sous le premier mandant de Félix Tshisekedi et la gestion de Zoé Kabila, Kalemie a vu son émergence freinée par des rivalités politiques. Kamulete, un jeune habitant, déplore une gouvernance actuelle centrée sur les intérêts personnels des dirigeants.  « Tout ce qui a suivi [après Zoé, ndlr] ne profite qu’aux mêmes personnes, nos gouvernants, qui mettent en priorité l’accomplissement de leurs propres rêves d’enfant », regrette-t-il.

Ces attentes éternelles qui agacent Kalemie

Les infrastructures routières sont en décomposition. L’avenue Lumumba, artère principale du centre-ville, n’est plus qu’une succession de terre et de goudron abîmé. Djuma, un chauffeur, rappelle que les inondations de 2024 ont aggravé son état, sans autre suite que des promesses non tenues du gouvernement provincial.

Malgré les annonces de la Première ministre Judith Suminwa concernant la réhabilitation de cette route et du port, et la relance des travaux le 1ᵉʳ octobre 2026, la société civile et des députés dénoncent des chantiers sans lendemain. Comme le souligne le magazine Laguardia, la ville s’est habituée à ces projets perpétuellement relancés mais jamais aboutis.

« Cette route [Lumumba, ndlr] était fortement touchée. Depuis, nous n’avons reçu du gouvernement provincial que des promesses de réhabilitation. On attend depuis deux ans. »

Il y a pourtant plus d’une année, Judith Suminwa, première ministre la RDC, avait elle aussi annoncé la réhabilitation de cette route en plus du port de Kalemie. Après des tentatives stériles, c’est le 1er octobre 2026 que les travaux venaient d’être relancés. C’est devenu l’habitude dans la ville : promettre, feindre de commencer et disparaitre, puis recommencer. Le magazine Laguardia parle des « travaux de voirie lancés et relancés sans fin ».

Le coût de la vie de plus en plus difficile à porter

Le panier de la ménagère s’est considérablement réduit et les prix flambent. Comparés à Lubumbashi, les coûts atteignent souvent 200 % à Kalemie. La bouteille d’eau d’1,5 L y coûte entre 3 000 et 5 000 FC (contre 1 500 à 2 000 FC à Lubumbashi), et la canette de Bavaria monte à 10 000 FC (contre 4 500 FC en moyenne à Lubumbashi). Même le poisson reste cher malgré la proximité du lac.

Un restaurateur pointe du doigt la pression fiscale du gouvernement provincial, qualifié de cupide, qui multiplie les taxes sans impact visible. Au port comme aux péages, les tracas administratifs se multiplient, en témoignent divers témoignages.

Kabobo, revenant des environs Moba, dénonce un « point de vol » plus qu’un péage. En plus des 20 000 FC officiels, il faut payer la même somme à un groupe qui s’appelle « Sécurité », 1 000 FC à la DGM par personne enregistré, et l’équivalent de 10$ au service de prévention routière, sans compte la part de la police et de l’anti-fraude. Et au bout de la chaine, seules deux preuves de paiement sont remises.

Cette barrière s’apparente à un chaos informel. Une route sans un seul mètre goudron dès la sortie de Kalemie, où la DGM siège sous la paille et l’anti-fraude sous un assemblage de tôles. Côté carburant, une seule station approvisionnait la ville durant mon séjour de 4 jours, proposant le mazout à 5 100 FC le litre. On parle de pénurie et de hausse du prix depuis le août dernier.

Pourtant, le Tanganyika regorge de réserves d’or dans ses montagnes, attirant de nombreux investisseurs dont des Chinois. Malgré cette manne qui devrait financer les infrastructures, le développement local reste le grand oublié des priorités politiques.

 

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