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À cause de Kinshasa, le visa Schengen m’a été refusé

Il y a quelques mois, la RDC mettait en application plusieurs mesures de rétorsion contre la Belgique. Fermeture de la maison Schengen à Kinshasa, du consulat de Belgique à Lubumbashi, réduction des vols de Brussels Airlines… Des mesures irréfléchies qui handicapent les Congolais ordinaires vivant en RDC. Ils ne peuvent plus voyager en Europe faute de visa Schengen.

Je m’en vais vous raconter ici mon histoire, qui certainement est aussi celle d’autres Congolais qui ne peuvent plus voyager dans près de 18 pays européens à cause de ces mesures prises par Kinshasa. Des décisions irresponsables qui en réalité n’ont même pas atteint leurs objectifs ! Par contre, ce sont les Congolais lambda qui sont sacrifiés. La maison Schengen offrait les visas court-séjour pas seulement pour la Belgique, mais pour tous les pays de l’espace Schengen !

« Bétonner » son dossier de demande de visa

Je me disais que cette guerre diplomatique entre la RDC et la Belgique ne resterait qu’au niveau des autorités des deux pays, et que nous, citoyens lambda, n’allions pas être affectés. C’est avec cette conviction que j’entreprends ma demande de visa Schengen pour aller en Belgique. L’atelier auquel je dois prendre part est prévu pour la deuxième quinzaine de mai 2018. C’est une organisation belge intervenant dans le secteur de l’agriculture en RDC qui m’invite.

Même si l’organisation invitante reçoit des subsides de la Direction générale belge à la coopération et au développement, les demandes de visa sont individuelles. Dans ce sens, je jette un regard sur mon image dans le miroir. J’y vois un Noir, Africain, Congolais, jeune (bientôt 27 ans), pas encore marié… Ceux qui savent que je suis fiancé, ne soyez pas offusqués : « fiancé » n’est pas un état civil. Donc, ce « célibataire » que je vois dans le reflet du miroir remplit le profil d’un « migrant ». Ça ne sent pas bon, ce mot…

C’est donc un handicap que je traîne. Et malgré cela, je décide de « tenter le coup ». Pour cela, il faut « bétonner » le dossier. L’immigration clandestine, je ne suis pas candidat. Et même si les choses ne marchent pas en RDC, je ne compte pas rester en Europe. Mon cœur aime le Congo, et je dois participer d’une manière ou d’une autre à la reconstruction de mon pays ! Je glisse donc dans mon dossier un document signé dans l’une des communes belges, document de garantie de mon retour en RDC. À l’ambassade, on me demande l’original de ce document.

Rapprochement dangereux de dates

La maison Schengen à Kinshasa, c’est très loin pour nous qui résidons dans les Kivu. L’ambassade de Belgique au Rwanda est habilitée à traiter les dossiers de demande de visa court-séjour pour les Nord et Sud-Kivu. Mais, dans mon cas, ce n’est pas le chemin de Kigali que je prends. Une « faveur spéciale » m’est accordée à Kampala. Je complète le formulaire de demande de visa en ligne, avant de demander un rendez-vous avec le service concerné de l’ambassade.

En complétant les différentes cases en ligne, je me dis : « Si seulement, on pouvait permettre de télécharger directement les différents documents sur cette plateforme ! On n’irait à l’ambassade que pour les empreintes digitales par exemple… » Pensez-vous que c’est une mauvaise idée ? L’Ouganda accorde un visa multi-entrées par une procédure qui se fait entièrement en ligne !

Vous devez certainement avoir deviné que la plateforme m’a fixé le rendez-vous environ 15 jours avant la date programmée pour le départ en Europe. Là, aussi, pas de problème pour moi. Quand on est Congolais et que l’on vit ici, on sait gérer les questions aussi importantes que les délais courts. Après tout, ma demande est encore dans les normes.

Malheur aux Congolais vivant en RDC

Quand je dis au service d’immigration ougandais que je viens chercher le visa Schengen, on me « gratifie » même d’un visa valide un mois en Ouganda. À l’ambassade de Belgique à Kampala, la policière me dit : « Le ‘‘muzungu’’ du service visa parle français. » Ça me met en confiance. Tout se passe bien ici. Le lendemain, je rentre en RDC. Maintenant, il faut « checker » le site de l’office des étrangers pour voir si la réponse est déjà là. Les jours passent. Mi-mai, la réponse est visible sur le site : « REJET » en lettres capitales. Quelle déception pour moi ! Malgré mon profil de « potentiel migrant », j’attends bien les raisons de ce rejet.

À la fin de la semaine, l’ambassade m’écrit. Et voici le paragraphe-clé : « Il n’est, pour l’instant en l’état actuel des choses et jusqu’à nouvel ordre, pas prévu […] que des citoyens congolais résidant en RDC puissent faire appel à un mécanisme d’accès à d’autres sections de visa dans un pays tiers, sections de visa belge ou de pays partenaires qui représentent la Belgique pour la délivrance de visa. »

Kinshasa, ça suffit !

Je regarde sur le site de la maison Schengen, pas d’annonce de « mesure de rétorsion ». Sur le site de l’office des étrangers, aucune annonce non plus. Pourtant, c’est un fait : on ne délivre plus les visas Schengen aux Congolais vivant en RDC. C’est alors que je tombe sur un article de Radio Okapi, la semaine suivante. On y écrit : « Le député Henry Thomas Lokondo demande au ministre des Affaires étrangères She Okitundu de présenter à l’Assemblée nationale des mesures alternatives face au refus des pays européens d’octroyer aux Congolais des visas après la décision du gouvernement congolais de fermer la maison Schengen. »

Plus loin, sur le même site, je lis un avis que je partage. « La population est en train de souffrir avec cette mesure. Il y a des malades qui veulent voyager pas seulement en Belgique. Il y a des scientifiques qui veulent voyager, des hommes d’affaires qui veulent voyager mais ils n’ont pas de visa », déplore M. Lokondo qui s’étonne du fait que l’exécutif congolais n’ait proposé aucune alternative à cette préoccupation, alors que les pays européens ont fait bloc derrière la Belgique sur la question d’octroi des visas. « Chère » majorité au pouvoir à Kinshasa, cessez-le-feu : car c’est sur nous Congolais que vous tirez !

 


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Les commentaires récents (1)

  1. C’est évident que cela affecte les Congolais mais cela est une mesure méritée pour sanctionner la Belgique vu des immixions, non autorisées, dans les affaires congolaises.