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A leur rentrée des classes, ils creusent les minerais en RDC (2è partie)

Dans les mines de cuivre, de cobalt, d’or, de coltan ou de diamant, de nombreux enfants congolais travaillent. Ils creusent pour leur propre compte, nettoient les minerais seuls ou accompagnant leurs parents. Ce travail, qui compte parmi les pires formes de travail des enfants selon l’ONU, se présente cependant comme la seule alternative à la situation de dénuement qu’ils vivent.

La seconde partie de notre enquête ressort effectivement la problématique de la prise en charge des mineurs travaillant dans les carrières minières artisanales. Leur sortie de ces lieux, ainsi que la prise en charge publique restent à ce jour très lacunaire, malgré des initiatives qui commencent à émerger.

Droit à la protection, et à une enfance heureuse pour les petits creuseurs?

Ces enfants sont constamment exposés aux dangers d’éboulements. En 2019, plus de 60 personnes ont péri dans des éboulements des mines de cobalt à Kolwezi, dans le Lualaba. D’autres éboulements ont eu lieu dans le Haut-Katanga et dans les Kivu. Les miniers artisanaux, ou les tiers qui travaillent dans la chaîne de production manuelle des minerais, n’ont généralement aucune protection. Ils s’exposent ainsi constamment à des contaminations. Sans oublier, en plus, les travaux très éprouvants de creusements généralement plusieurs mètres sous la terre.

Jean Richard Mutombo est coordonnateur de l’ONG UJPRODDE (Union des journalistes pour la protection et la défense des droits de l’enfant) à Mbuji-Mayi dans le Kasaï-Oriental. Il  considère que tous les Congolais ont la responsabilité de protéger les enfants. Surtout ceux qui sont abandonnés dans les mines. « Si nous ne nous impliquons pas, cette situation va dégénérer, prévient-il. Pour notre part, nous sommes déjà dans la sensibilisation de différentes couches de la population sur ce danger qui nous guette », explique-t-il en plus.

Mais, ainsi le dit notamment Amnesty International, un plan d’action de sortie des enfants des mines existe en RDC. Il reste cependant d’une faible mise en œuvre, faute de financement. Le plus souvent, les initiatives qui existent dans le cadre de la prise en charge des petits creuseurs relèvent du travail des ONG.

« Notre souci majeur, c’est de voir demain ou après-demain, les minerais de la RDC constituer un levier de développement dans notre pays et non pas notre malheur.

Que nos minerais soient pour la paix, le développement, des minerais exploités dans le respect des droits humains », plaide Janvier Murairi président du GATT-RN, à Goma.

Il s’agit là des pires formes de travail des enfants qui mobilisent des associations et Etats dans le monde, ces dernières années. Tout enfant a droit à la protection (articles 17, 22 à 25), selon la loi congolaise de 2009. Cela implique notamment les droits à l’éducation, à la bonne santé, à une bonne ration alimentaire, etc.

Une question qui fâche

A cause des critiques internationales sur les violations des droits de l’homme autour de la production des minerais, la question des enfants dans les mines dérange de plus en plus au Congo. À l’indignation qui a suivi le rapport d’Afrewatch et Amnesty International en 2016, les autorités ont répondu par plus rigueur à propos des conditions d’accès aux sites miniers controversés.

Aussi par exemple, à la qualification du cobalt congolais comme un « cobalt de sang », doublée des appels des associations à boycotter des sociétés utilisant du cobalt à faible degré de traçabilité en 2017, une association de medias locaux a répondu avec l’appui des autorités du Lualaba, par une contre campagne. « Touche pas à mon cobalt », a lancé l’organisation. Pour ces acteurs locaux, certaines critiques visent à nuire à l’image du cobalt du Congo, et par ce fait même, à en baisser la valeur sur le marché.

Puisqu’en réalité, toucher au cobalt et au cuivre, c’est atteindre la région minière du Katanga en plein cœur. Les mines, en effet, sont à ce jour exploitées par plus d’une centaine de sociétés majoritairement à capitaux chinois, et financent largement le budget national de la RDC. Si bien que chaque fois que l’effondrement des cours de cuivre et de cobalt en 2016 (et même en 2019), ont contraint le gouvernement à revoir son budget national.

Le gouvernement provincial du Lualaba fait cependant figure de la pionnière. Elle vise à développer des politiques publiques destinées à diminuer la présence des enfants dans les mines artisanales. Kolwezi, sa capitale, a ainsi fermé aux enfants le site artisanal de Kasulo, en pleine cité habitée. Pareil aussi en ce qui concerne la carrière de Tshipuki, explique notre reporter Arsène Bikina.

Par ailleurs, le ministre des mines de cette province, Jean-Marie Tshizainga, a créé un comité de suivi et alerte autour de l’entrée des enfants dans les mines. « Environ 3000 enfants, ont été recensés pour les 2 sites », a récemment indiqué Jean-Marie Tshizainga. Il intervenait dans un atelier, en août, sur le secteur minier artisanal.

Ce que deviennent les enfants sortis des mines ?

Faute d’alternatives plus rassurantes, les enfants ainsi que les mères sortis des mines y retournent presque toujours. Kolwezi a toutefois démarré le processus d’identification plus large, et de cartographie des sites miniers et de leurs occupants, annoncent les autorités. La Banque africaine de développement, BAD, vise pratiquement les mêmes objectifs dans les mines de cobalt dans la région du Katanga. L’enjeu, c’est de penser un modèle viable et pérenne, qui permette des sorties durables des enfants des mines.

Mais à Mbujimayi, le délaissement des enfants dans les mines de diamants est très remarquable. « Nous sommes au courant de cette situation, avoue le chef de Division provinciale des affaires sociales au Kasaï Oriental, Jean-Marie Mbolela. Nous avons déjà un plan d’actions pour sortir tous ces enfants des différentes mines de diamants. Mais nous attendons l’appui des partenaires ».

Même attentisme, en plus, dans le Haut-Katanga. Le chef de division des affaires sociales de cette province, Nicodème Nguza Yav, explique que « les enfants sont régulièrement retirés des carrières. Avec l’appui des partenaires technico-financiers dont l’UNICEF », explique-t-il. Et c’est là tout le défi pour le gouvernement congolais : dépasser l’assistance privée qui du reste est très limitée.

Puisque, jusqu’aux initiatives de prise en charge publique récemment annoncées, notamment dans le Lualaba, l’avenir des enfants sortis des mines, est resté dans une approche plutôt palliative des ONG. Cela, aussi bien dans l’ancien Katanga que dans le Kasaï-Oriental et dans les Kivu. A part l’association du Sud-Kivu qui scolarise ces personnes, l’ONG Bon pasteur des religieuses catholiques adopte elle aussi une approche similaire à Kolwezi. Depuis 2012, elle a récupéré 1000 enfants des mines, et les a insérés dans un programme de rattrapage scolaire.

Le 18 septembre, un nouveau bâtiment à étages, 15 classes au total, a été livré à la communauté. Il a été financé par la société minière ERG Metalkol et d’autres partenaires, explique le défenseur des droits humains Schadrack Muka de Kolwezi. Cela rentre dans le cadre de l’exigence faite par le Code minier aux industriels, à réaliser des projets de développement au profit des communautés autour des sites miniers  qu’elles exploitent.

Cette infrastructure va servir de centre de rattrapage scolaire. Un autre centre annoncé devrait assurer la formation professionnelle des adolescents ayant déjà atteint l’âge d’apprentissage d’un métier.

 

Enquête réalisée par

Daniel Michombero (Nord-Kivu),

Sido Ntumba (Mbuji-Mayi),

Junior Ngandu et Arsène Bikina (Lubumbashi, Kolwezi) ;

et coordonnée par Didier Makal.

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