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Cherchons l’argent !

Vous avez lu cette expression au moins une fois sur Facebook ou sur WhatsApp : « Cherchons l’argent, je vous le dis, cherchons l’argent. » Avec, en illustration,  deux photos d’une même personne, montrant son apparence d’antan et celle d’aujourd’hui. La différence est nette et frappante. Quand cette personne n’avait pas d’argent, c’était quelqu’un de « pommé », de mal vêtu et de frêle. Mais avec l’argent on voit une toute autre personne : heureuse, épanouie et avec une bonne mine.

On pourrait croire que l’expression « cherchons l’argent » n’est qu’un banal fait de société, mais en y réfléchissant par deux fois, on découvre plutôt un appel au secours, un appel à se débrouiller. Des jeunes qui reconnaissent que le pays n’offre quasiment pas d’opportunité et que cela devrait changer. Un appel pour dire : nous méritons tous un autre destin que celui que vous nous imposez. C’est cette lecture que je fais de ce phénomène « cherchons l’argent ».

Zéro salaire mais un million de défis, comment ne pas être maigre et mal sapé ?

J’ai vu personnellement mes photos d’il y a cinq ans. J’avoue que je me souviens encore des questions qui passaient par la tête de ce jeune homme que j’étais et qui travaillait tous les jours mais sans aucun salaire. Il n’avait comme rémunération en tout et pour tout qu’un forfait journalier de 4000 francs congolais pour le transport car il fallait arriver à 5 heures au boulot et en repartir à 21 heures. Je me souviens qu’à l’époque, tout ce que je pouvais épargner par jour c’était 1000 francs congolais, car le prix du transport aux heures où je partais ou revenais du travail était très élevé. 1000 francs congolais pour 14 heures de travail par jour, soit 0.6 dollar américain par journée de 16 heures de travail ! Comment aurais-je pu prendre de l’embonpoint ? Comment aurais-je pu m’habiller comme il le fallait ? Comment ? Avec toutes ces questions existentielles qui se posaient dans ma tête ? Alors j’étais donc ce jeune maigre, pommettes aiguisées et joues creuses. Un jeune avec à peine quatre chemises présentables, un téléphone bas de gamme et un millions de besoins à satisfaire sans aucune rémunération.

Même si je me plains un peu de ce travail qui ne me payait pas, ma situation à l’époque était pourtant plus enviable que celle des milliers d’autres jeunes de mon âge ! Imaginez maintenant ceux qui n’avaient aucune entrée, aucun endroit où avoir même ces 1000 francs congolais. Un jeune diplômé d’université mais qui passe cinq ans au chômage, un jeune enseignant qui n’a même pas l’équivalent de 100 dollars américains de salaire par mois. Nos photos de ces époques-là traduisent une réalité cruelle du destin des jeunes de mon pays.

Qui a dit que l’argent ne fait pas le bonheur ?

Ne venez pas dire à un jeune chômeur que l’argent ne fait pas le bonheur. D’ailleurs, ceux qui disent « cherchons l’argent » n’utilisent cette phrase que quand ils ont désormais l’argent ! Le sage Salomon a dit : « Vanité de vanité, tout est vanité », mais ce gars-là avait des femmes par centaines et des concubines par milliers. Il a été l’amant de Makeda, la reine de Sabbat. Mieux, il était le riche Salomon, et le roi en plus.

Donc inutile de prêcher à un jeune sans emploi que l’argent ne fait pas le bonheur, car lui est certain que si vous lui assurez un revenu, son bonheur sera total.

Quand, deux ans plus tard, j’ai décidé de quitter ce travail qui me bouffait mon énergie sans rien me donner en retour, c’était le gros changement. J’ai commencé à produire des articles en freelance pour plusieurs médias et je pouvais gagner jusqu’à 300 dollars américains par mois en moyenne. Le changement fut immédiat ! J’avais de l’argent, et plusieurs questions que j’avais avant disparurent. Mon téléphone fut d’une marque supérieure, mes repas plus riches, mon humeur plus positive et ma mine heureuse et épanouie. Mes photos de ces deux époques sont complètement différentes.

J’ai continué à chercher l’argent, mais sans que ce ne soit mon pays qui m’y aide, sans que ce ne soit via un quelconque  programme national d’intégration professionnel. Non ! J’ai eu mon salut en travaillant pour des médias d’autres pays.

J’étais désormais parmi les rares jeunes Congolais qui ne se posent pas quotidiennement la question sur le repas du soir, ou celui de demain. Ces jeunes pouvant se permettre de s’acheter une chemise de leur choix dans n’importe quelle boutique de la ville. Alors je dis, l’argent contribue au bonheur ! Cherchons l’argent, changeons de boulot s’il le faut. Créons des entreprises, exploitons nos talents et nos compétences. Ne dormons pas, cherchons l’argent.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. vrai,je me suis aussi décidée de chercher l’argent.Travailler par passion nous forme oui mais nous demeurons vulnérables et pauvres.Cas des médias de ma ville.

  2. Ravit de lire un article parlant de ce sujet qui encourage le jeune à travailler plus et de changer leur destin. Merci Rodriguez Katsuva.

  3. Salut Rodriguez, Salut l’equipe Habari Rdc,
    Je me nomme Ngandu Patient, depuis Bujumbura.
    Je suis interessé par votre volonté de pouvoir partagent cette idée. Je souligne surtout l’expression  » l’argent ne fait pas le bonheur « , j’aimerai qu’on puisse cultivé notre culture financière sur ça, defois on oublier  » le terme Bonheur » ce que ça signifier car sans argent on ne peur se faire soigne, mange, se divertir, …
    Mais manque d’argent est le source de tout les maux.
    https://affairedemillions.wordpress.com

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