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Et si la paix commençait par accepter nos différences ?

À Bukavu, la méfiance communautaire et la stigmatisation liées à l’origine géographique ou à l’appartenance ethnique peuvent s’installer dans des situations du quotidien : un litige foncier, une dispute au marché, une discussion à l’université ou encore une publication sur les réseaux sociaux. Selon les témoignages de Gisèle Bashwira et de Nathalie Kyanga, ces situations peuvent rapidement dépasser le cadre d’un conflit individuel et prendre une dimension communautaire. Dans une ville déjà éprouvée par des années de violences à l’Est de la République démocratique du Congo, ces divisions fragilisent davantage le tissu social.

Pour Gisèle Bashwira, cheffe de projet au sein de Uwezo Afrika Initiative, les conflits à l’origine des violences sont nombreux, mais elle relève particulièrement ceux de nature identitaire et ceux liés aux intérêts privés. Selon elle, certaines personnes peuvent être amenées à accuser d’autres personnes pour défendre leurs propres intérêts, contribuant ainsi à amplifier une crise déjà imposée aux communautés par les guerres à répétition dans l’Est du pays.

Cette réalité est également relevée par Nathalie Kyanga, secrétaire exécutive du Club des Amis de la Paix et du Développement. Elle souligne que la méfiance communautaire et la stigmatisation liées à l’ethnie ou à l’origine géographique se manifestent dans des situations très simples de la vie quotidienne. Des jeunes peuvent se méfier de leurs voisins uniquement à cause de leur nom ou de leur provenance, alors qu’ils partagent les mêmes difficultés et les mêmes aspirations.

À cette méfiance s’ajoutent, selon Nathalie Kyanga, la désinformation, la précarité socio-économique, le chômage des jeunes et le sentiment d’impunité. Les rumeurs non vérifiées diffusées sur les réseaux sociaux peuvent attiser les tensions et renforcer les divisions. Lorsque les torts ne sont pas réparés et que le sentiment d’injustice grandit, la confiance entre les membres de la communauté devient difficile à reconstruire. Pour elle, la confiance constitue ainsi l’une des bases essentielles de la paix.

La paix, une réalité quotidienne ?

Et si la paix devenait réellement une réalité à Bukavu, qu’est-ce qui changerait dans la vie quotidienne ?

Les femmes et les hommes pourraient se rendre aux champs, commercer et circuler en toute sécurité, sans vivre constamment dans la peur. Les jeunes pourraient consacrer davantage leur énergie à l’entrepreneuriat, à l’art, à l’innovation et à leur avenir plutôt qu’à la survie ou à des activités susceptibles de les exposer à la manipulation.

Pour Gisèle Bashwira, une paix durable favoriserait également le développement à plusieurs niveaux, notamment dans les secteurs éducatif, sanitaire et institutionnel. Elle contribuerait à réduire le chômage et la délinquance, à favoriser la liberté d’expression et à renforcer le respect des droits humains.

Mais cette paix ne peut être l’œuvre des seuls dirigeants ou des organisations. Elle commence aussi par une prise de conscience individuelle. Chaque personne, quel que soit son âge, son sexe, sa classe sociale ou son origine, a un rôle à jouer dans sa construction.

Les autorités doivent garantir une justice équitable, sécuriser les personnes et leurs biens et créer des opportunités économiques, particulièrement pour les jeunes. La société civile et les leaders communautaires doivent poursuivre les actions de sensibilisation et créer des espaces de dialogue. Quant aux citoyens, notamment les jeunes, ils peuvent refuser les discours qui transforment nos différences en motifs de méfiance ou de rejet.

La paix ne devrait donc pas être seulement un idéal poursuivi de loin. Elle doit devenir une pratique quotidienne.

À Bukavu comme ailleurs au Sud-Kivu, elle pourrait commencer par un geste simple : apprendre à vivre avec l’autre, malgré nos différences.

 

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