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Et si la paix nous apprenait à revendiquer sans détruire ?

J’ai appris la nouvelle alors que je rangeais le salon de notre maison. Mon père suivait les informations sur son téléphone, le volume suffisamment fort pour que tout le monde dans la pièce puisse entendre.

Un jeune motocycliste venait d’être tué par balle à Matadi. Quelques heures plus tard, des manifestants en colère avaient incendié des véhicules, des motos et d’autres biens dans l’enceinte de la maison communale.

En écoutant le reportage, une question m’est venue immédiatement :

Pourquoi avons-nous si souvent le réflexe de détruire lorsque nous voulons dénoncer une injustice ?

Je comprends la colère. Lorsqu’une vie est brutalement ôtée, il est normal que la population réclame justice. La revendication est légitime. Mais ce que je comprends moins, c’est pourquoi cette colère finit parfois par s’abattre sur des personnes qui n’ont rien à voir avec le drame.

En voyant les images des véhicules partis en fumée, je n’arrivais pas à m’empêcher de penser à leurs propriétaires. Pour certains, ces motos ou ces minibus représentaient peut-être leur seul moyen de faire vivre leur famille. Ces personnes ne sont ni juges, ni procureurs, ni responsables de ce qui s’est passé. Pourtant, elles subissent les conséquences d’une colère qui ne leur était pas destinée.

Cette situation m’a rappelé d’autres événements observés à Goma. Au fil des années, certaines manifestations ont laissé derrière elles des boutiques pillées, des commerces vandalisés ou des biens détruits. En février 2023 notamment, des manifestations avaient dégénéré en violences et en attaques contre des biens.

À chaque fois, je me pose la même question : pourquoi faisons-nous payer à notre propre communauté le prix de notre colère ?

Derrière ces destructions, je vois aussi un autre problème : la confiance dans la justice et les institutions. Lorsque des abus sont dénoncés, les citoyens veulent savoir ce qu’il advient réellement des personnes mises en cause. Ont-elles été sanctionnées si leur responsabilité a été établie ? Ont-elles comparu devant la justice ? Quelles suites ont été données aux faits dénoncés ?

Lorsque ces réponses manquent ou ne sont pas suffisamment connues du public, la frustration peut grandir et certains peuvent finir par croire que seule la rue permet de se faire entendre.

Pour moi, la paix serait possible si nous apprenions à séparer notre quête de justice de notre instinct de destruction.

Et si la colère devenait une force de mobilisation ?

Si cette paix devenait réelle, la mort d’un citoyen provoquerait toujours l’indignation, mais elle ne conduirait plus à l’incendie des biens publics ou privés. Les jeunes continueraient à manifester lorsque cela est nécessaire, mais avec la conviction qu’il est possible de faire pression sans détruire.

La colère deviendrait une force de mobilisation plutôt qu’une force de destruction.

Pour avancer dans cette direction, chacun a un rôle à jouer.

Les autorités judiciaires et policières doivent renforcer la confiance en garantissant des enquêtes transparentes et, lorsque des responsabilités sont établies, l’application des sanctions prévues par la loi.

Les organisations citoyennes et les leaders communautaires peuvent promouvoir des formes de revendication non violentes et sensibiliser les jeunes aux conséquences de la destruction des biens publics et privés.

Et nous, citoyens, devons apprendre à distinguer ceux qui sont responsables d’une injustice de ceux qui en subissent déjà les conséquences. Ne pas détruire ne signifie pas se taire. Revendiquer pacifiquement ne signifie pas renoncer à exiger justice.

La paix ne consiste pas à se taire face à l’injustice. Elle consiste à la combattre sans détruire ce qui nous permet de vivre ensemble.

 

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