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Et si la paix nous apprenait à revenir les uns vers les autres ?

Je connais une histoire qui m’a fait comprendre que les blessures ne se trouvent pas seulement dans les grandes communautés. Elles peuvent aussi naître dans une maison, entre des personnes qui, hier encore, se considéraient comme une même famille.

Tout avait pourtant commencé par un geste de solidarité.

Une maman, malade et préoccupée par la longue distance que sa fille devait parcourir pour se rendre à l’université, avait demandé à un collègue de lui confier sa fille afin qu’elle puisse rester chez elle, plus proche de l’université. Le père accepta. La jeune fille alla vivre auprès de cette maman.

Avec le temps, quelque chose de plus fort qu’un simple arrangement s’est créé. La maman l’a accueillie comme son propre enfant. Elles ont vécu ensemble et partagé une partie de leur quotidien.

Puis la maladie s’est aggravée.

Il n’y avait presque plus personne pour prendre soin de la maman. La jeune fille a alors dû interrompre ses études pour rester auprès d’elle et l’accompagner dans cette période difficile. Malgré les difficultés, elle est restée jusqu’à la fin.

La maman est finalement décédée.

Après sa mort, ses enfants ont promis de continuer à prendre en charge la jeune fille et de soutenir ses études. Elle a notamment été accueillie chez l’un des fils de la défunte. Même lorsqu’elle vivait à l’internat, elle revenait parfois passer ses week-ends auprès de cette famille.

C’était une histoire qui aurait pu rester celle d’une belle solidarité.

Mais les incompréhensions ont progressivement pris la place de la confiance.

Des reproches sont apparus. Certains membres de la famille estimaient que la jeune fille avait de mauvais comportements. D’autres avaient le sentiment qu’elle avait pris une place particulière dans le cœur de leur mère, peut-être au détriment de ses propres enfants. Les paroles se sont multipliées, les blessures se sont installées et les relations se sont détériorées.

Puis sont venus les silences.

Certains membres de la famille ont cessé de lui parler. Des contacts ont été coupés. Elle ne pouvait plus se rendre chez certaines personnes comme auparavant. Une jeune fille qui avait été accueillie dans cette famille s’est progressivement retrouvée à distance de ceux qui l’avaient autrefois considérée comme l’une des leurs.

Ce qui me touche dans cette histoire, ce n’est pas seulement le conflit. C’est surtout ce qui vient après.

Car une paix véritable ne consiste pas à faire comme si rien ne s’était passé.

La jeune fille a reconnu qu’elle aussi souffrait de cette situation et qu’elle souhaitait réparer la relation. De son côté, le fils de la défunte a également fait un premier pas. Ils ont accepté de se parler et d’aborder ce qui les avait séparés. Aujourd’hui, un processus de réparation semble avoir commencé.

Et si la paix, c’était justement avoir le courage de revenir vers l’autre ?

Pour moi, la paix serait possible si nous apprenions à parler avant que les blessures ne deviennent des murs. Si nous acceptions d’écouter avant de juger, de chercher à comprendre avant d’accuser et de reconnaître que, dans un conflit, chacun peut avoir été blessé.

Cette histoire m’enseigne aussi que personne ne devrait être condamné éternellement par une erreur, une parole ou un conflit. Une relation peut être brisée, mais elle peut aussi être réparée lorsque les personnes acceptent de faire un pas l’une vers l’autre.

Dans nos familles et nos communautés, nous avons besoin de davantage de personnes qui facilitent le dialogue plutôt que la division.

Parce que parfois, la paix ne demande pas de grands discours.

Elle demande simplement quelqu’un qui ose faire le premier pas et dire : « Nous avons été blessés, mais pouvons-nous recommencer à nous parler ? »

Et si la paix commençait par ce pas que nous avons longtemps eu peur de faire ?

 

Rodrigue Iragi (Habari RDC Peace Fellowship)

 

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