Filmer ou sauver des vies : les Congolais préfèrent leur téléphone

Des milliers de vies humaines seraient épargnées chaque année, si les Congolais pouvaient oublier leurs smartphones pour secourir ces gens. Mais la surprise c’est que, plus leurs téléphones sont intelligents et capables de beaucoup d’opérations, filmer par exemple, plus ils prennent des dangers pour de simples distractions.

En RDC, les victimes des catastrophes naturelles, d’éboulements, des personnes électrocutées, ou victimes de la vindicte populaire, sont de moments que les Congolais ne veulent pas rater. L’urgence semble désormais de raconter le premier une histoire à laquelle on a assisté, sur les réseaux sociaux. Certains se tournent même vers les médias classiques pour proposer vidéos ou photos. Ils sont moins nombreux ceux qui éteignent leurs téléphones et courent au secours des victimes.

Je m’arrête ou je ne m’arrête pas ?

Le code pénal congolais fait obligation à toute personne qui voit une autre en danger, d’intervenir en vue de l’en sortir. Le contraire est érigé en infraction et puni : on parle de « non-assistance à personne en danger. » Il s’agit, en effet, de développer un reflexe de secours. Mais qui l’entend de cette oreille-là ?

Un exemple parlant est survenu dans la matinée du 30 septembre 2017. Un Antonov militaire B12 se crash à l’est de la ville de Kinshasa. Les gens accourent vers la zone. L’avion est en feu. « Ceux qui s’étaient empressés avaient déjà sortis leurs smartphones pour poser tout sourire aux côtés de victimes. Leur seul souci était d’immortaliser cette scène de boucherie », relate une habitante de Kinshasa. « Sur ces images floutées, des personnes démembrées. Aucun reflexe d’entraide pour dégager ces corps et leur éviter de brûler », s’indigne la jeune femme alors qu’elle même a envoyé ses images au site d’information islamique (Dunia Congo).

« Benda nzoto » (Epargne ta vie !)

On se souvient encore de cette avocate de Bukavu, Furaha Balungwe, dont la voiture entraînée lentement par des courants d’eau. Les gens la filmaient alors qu’ils pouvaient la sortir de la voiture. Le temps est passé, l’infortunée essayant désespérément de remonter à la surface. Le courant devenant plus fort encore, elle se retrouva dans le lac, noyée et morte pendant que les gens se contentaient de compter les likes et le nombre de vues de leurs vidéos postées sur les réseaux sociaux.

« De part et d’autres du parcours, les gens filmaient la scène, criant sans bouger d’un centimètre, ni faire quoi que ce soit. Furaha Balungwe s’en est allée au fond du Lac Kivu sans être assistée », regrette un secouriste. Pour lui, les gens auraient pu « la sauver sans mettre leur propre vie en danger ».

Dans certains cas, le risque pour le sauveteur peut être trop élevé. Il faut toujours l’évaluer. Mais ne rien faire pour autrui, quand on en a l’occasion, est sans doute moralement une infraction. Cette attitude passive doit être bannie de nos sociétés, et ce genre d’images découragées sur les médias sociaux.

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3 réflexions sur “ Filmer ou sauver des vies : les Congolais préfèrent leur téléphone ”

  1. comprenez la rdcongo est une nation jeune en technologie a cause du mobutisme. mais il est de cesser avec ces genres de distractions.

  2. Bonjour,
    Il est connu du commun de mortel qu’il est impérieux d’apporter assistance à des personnes nécessitant de l’aider? Je sais que c’est un peu vague, mais la loi ne recule pas en cette matière.

  3. L’article est interpellateur mais je ne suis pas totalement d’accord avec le.fait.de.généraliser en disant LES CONGOLAIS. Certains peut-être oui, m’as pas tous. De la mesure aurait été importante pour rendre cet article mieux dosé…