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Les fondations : une nouvelle stratégie électorale en RDC

En République démocratique du Congo, de nombreuses personnalités publiques, surtout des candidats potentiels aux élections, ont créé des fondations qui se présentent comme des organisations à but non lucratif. Ces fondations prétendent œuvrer pour le développement en offrant des services (éducation, santé, énergie…) et en réhabilitant des infrastructures. Mais ces actions philanthropiques cachent souvent une stratégie de communication et de mobilisation électorale.

En effet, les fondations permettent à leurs promoteurs de se faire connaître et de se rapprocher des populations, en leur apportant une aide matérielle et financière sous forme de dons. Elles servent aussi à renforcer leur image et leur crédibilité, en montrant leur capacité à gérer des projets et à résoudre des problèmes. En même temps, elles constituent un moyen de contourner les contraintes légales et financières qui limitent les activités des partis politiques, notamment en matière de campagne électorale.

En réalité, les fondations apparaissent comme une nouvelle stratégie politique, qui vise à influencer l’opinion pour conquérir le pouvoir. Et il y a lieu de s’interroger sur la transparence de leur gestion, la provenance de leurs ressources, et leur impact réel sur le développement du pays. Bien plus,  elles contribuent à renforcer le clientélisme et le populisme, en créant une dépendance des citoyens à l’égard des bienfaiteurs.

Face à ce phénomène, il serait nécessaire de réguler le secteur des fondations, en imposant des règles claires et rigoureuses sur leur création, leur fonctionnement et leur contrôle. Il faudrait aussi encourager les initiatives citoyennes et associatives qui visent à promouvoir la participation démocratique et la responsabilité publique, sans être liées à des intérêts politiques particuliers.

Les dons, un danger pour l’Etat

Les dons des fondations en RDC sont souvent motivés par des intérêts politiques, souvent électoraux, plutôt que par une réelle volonté de soutenir le développement du pays. En effet, ces dons visent à fidéliser ou à attirer des électeurs, à renforcer l’influence ou la légitimité des acteurs politiques, ou encore à se positionner comme des interlocuteurs privilégiés des bailleurs de fonds internationaux. Ils (les dons) peuvent aussi servir à masquer ou à blanchir des fonds illicites, provenant de la corruption ou des détournements des deniers publics.

Par ailleurs, les activités des fondations empiètent sur le rôle de l’Etat, qui doit assurer les services publics essentiels : eau, électricité, sécurité…. En se substituant à l’Etat défaillant, les fondations créent une confusion entre le politique et le social. Récemment, on a vu une députée de Kinshasa, Tatiana Pembe, faire un don d’un sous-ciat à la police nationale congolaise. Quel est le rôle du ministre de l’Intérieur dans ce cas ?

A la fin, c’est la population qui se trouve victime de toutes ces manipulations à visées électoralistes. Au lieu de bénéficier d’une véritable politique de développement durable, les citoyens se retrouvent dépendants d’une aide ponctuelle et aléatoire, qui ne répond pas forcément à leurs besoins réels.

Le comble est que même le gouvernement s’est déjà lancé dans ce genre de libéralités. Il n’est pas rare de voir les membres du gouvernement ou le président, faire des dons aux populations dans le besoin. Présentés comme des gestes de générosité ou de solidarité, ces dons sont aussi perçus comme des moyens de s’attirer les faveurs des électeurs ou de masquer l’incapacité du pouvoir à s’acquitter de ses obligations régaliennes.

Par exemple, dans cet article de présidence.cd datant du 1er août 2022, on peut lire que le président de la République a fait un don de 80 véhicules tout terrain aux professeurs émérites. Or, cela pouvait être fait plutôt dans le cadre du gouvernement, sur des lignes budgétaires préalablement définies et adoptées au Parlement.

 

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