Kinshasa – La cérémonie nationale de commémoration du Genocost – Génocide congolais commis pour des intérêts économiques – s’est tenue ce dimanche 2 août 2026. Présidée par le Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, accompagné de la Distinguée Première Dame, Denise Nyakeru, cette rencontre a constitué un moment de recueillement en hommage aux victimes des violences.
Ont pris part à cette commémoration la Première ministre, les ministres des Droits humains, de l’Intérieur, de la Justice et de l’Éducation nationale, les animateurs du FONAREV et de la CIA-VAR, des membres de la société civile, des autorités religieuses ainsi que plusieurs hauts cadres de l’administration publique.
Appel à la conscience collective
Placée sous le thème « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », l’édition 2026 du Genocost a mis l’accent sur la responsabilité de chacun.
Dans son mot de circonstance, le Directeur général du FONAREV, Patrick Fata Makunga, a appelé à la conscience collective. Il a fixé plusieurs priorités : la réinsertion économique des survivantes, l’accompagnement des victimes dans le processus de justice transitionnelle, le renforcement des infrastructures locales ainsi que celui de la cohésion sociale.
« Il s’agit d’un combat pour la vérité, pour la justice et pour la dignité », a-t-il déclaré.
L’interlude musical a été assuré par la chorale Luc gillon.
Prenant ensuite la parole, le Coordonnateur exécutif de la CIA-VAR, François Kakese Kimaza, a rappelé que sa commission a pour mission de proposer au gouvernement des réformes en matière de réparation.
« Nous vivons un temps de recueillement des blessures collectives », a-t-il souligné. La CIA-VAR assure la coordination technique de l’architecture nationale de la justice transitionnelle et pilote le projet de création d’un musée et d’un centre d’archives du Genocost.
« Le Genocost n’est pas seulement une commémoration annuelle, mais aussi un repère de notre mémoire nationale. Ne pas oublier, ne jamais répéter et commencer à guérir », a-t-il martelé.
Témoignages poignants et données alarmantes
La cérémonie a donné la parole aux victimes.
John, rescapé du massacre de 2002, a raconté avoir passé trois années à l’hôpital. Aujourd’hui âgé de 29 ans et vivant à Lubumbashi, il a témoigné de la manière dont une personne de bonne volonté l’a recueilli et adopté après le massacre de son village.
Le deuxième témoignage est celui de Mme Mamie Kayambu, originaire du Nord-Kivu. Orpheline de mère et avec un père absent, elle a été scolarisée à l’école primaire grâce à une Samaritaine. Le 1er juin 1996, lors de l’opération « Mbata », sa maison familiale a été incendiée.
Devenue adulte, Mme Mamie a appris la coupe et couture, intégré une chorale et s’est mariée. Son époux l’a ensuite aidée à reprendre le chemin de l’école. Le 23 juin 2009, alors qu’elle se rendait à Kalembe, à Binga, dans le territoire de Walikale, pour passer l’examen d’État sous l’escorte de la MONUSCO avec d’autres finalistes, elle et ses camarades ont été attaquées sur le chemin du retour, sur la route de Minzenze. Elles ont été violées par des militaires rwandais.
Veuve depuis 2023 après le décès de son époux, blessé lors d’un bombardement du M23, Mme Mamie a été relocalisée à Kinshasa avec sa famille grâce à l’appui du FONAREV. Elle s’investit aujourd’hui dans plusieurs initiatives de soutien aux victimes de violences sexuelles.
Un rapport de l’UNFPA, cité lors de la cérémonie, révèle qu’à l’Est de la RDC, une femme est violée toutes les quatre minutes.
Droits humains : contre l’impunité
Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, est revenu sur la signification de cette journée. Il a expliqué le lien entre génocide et Genocost, estimant que les deux renvoient à des crimes graves au regard du droit.
« Le Genocost est fait dans le but de nuire ou d’exterminer un peuple ou une ethnie. Devant les instances juridiques internationales, nous plaidons le génocide. Mais sur le plan national, nous commémorons le Genocost depuis 2020, chaque 2 août », a-t-il précisé.
Le ministre a appelé à lutter contre l’impunité et à mettre en place des garanties de non-répétition.
« L’agresseur n’aura pas le dernier mot. Le dernier mot reviendra aux victimes et à la justice », a-t-il martelé.
Une pétition a été signée par toutes les personnalités présentes.
Le Chef de l’État clôture la cérémonie
En clôture, le Président Félix Antoine Tshisekedi a livré le message fort de cette journée.
« Les nations se construisent par les expériences qu’elles portent. Les Congolais n’ont jamais cessé d’aspirer à la justice, à la paix et à l’unité nationale », a-t-il déclaré.
Il a insisté sur la nécessité de rétablir la vérité et de rendre aux victimes la place qui leur revient. Il a rendu hommage aux victimes des guerres, des massacres et des déplacements forcés.
« La République s’incline devant les victimes endeuillées, les victimes sans sépulture », a-t-il déclaré, avant d’observer une minute de silence en mémoire de toutes les tragédies qui ont endeuillé le pays.
Face à cette histoire, a poursuivi le Chef de l’État, « la République ne peut se taire ni se résigner. Elle doit préserver les preuves et honorer la mémoire des victimes. C’est de cette exigence qu’est né le Genocost ».
Il a souligné que cette commémoration n’est dirigée contre aucun peuple, mais qu’elle affirme une conviction universelle : « il ne peut y avoir de paix sans justice transitionnelle ».
La cérémonie s’est poursuivie par le dépôt de gerbes de fleurs par le Président de la République, accompagné de la Première Dame, puis par la visite de l’espace mémoriel.
À l’extérieur, des tombes symbolisent les victimes des guerres. À l’entrée, trois salles retracent l’histoire : l’extermination méthodique des communautés, les attaques contre les femmes et les enfants, ainsi que les déplacements massifs des populations. La dernière partie est consacrée au passage de la survie à la résilience.
Au terme de cette visite, une question demeure : « Maintenant que tu sais, que fais-tu? »
