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Expert en genre, Shukuru Shemitalo nous parle de ses travaux de recherche

Il se présente comme maître en sociologie et genre, mais aussi comme chef de travaux au département d’histoire et de sciences sociales à l’ISP-Uvira au Sud-Kivu. Shukuru Shemitalo Léonard c’est son nom. Je l’ai interviewé au sujet de quelques aspects et enseignements de ses travaux de recherche. Cet article est une synthèse de nos échanges.

Habari RDC : Quels sont les obstacles à l’application des lois qui consacrent le genre au sein des organisations congolaises ?

Shukuru Léonnard : les obstacles que nous rencontrons dans la vulgarisation des lois sur la promotion du genre au sein des organisations, sont surtout sur le partage de l’information et sur la sensibilisation des couches à atteindre. Il y a la méconnaissance des instruments juridiques et légaux par les acteurs de la promotion du genre. Les hommes étant juges et parties dans cette matière, ils ne sont pas flexibles, surtout que la plupart des organisations œuvrent dans les sociétés patrilinéaires.

La faible implication et participation des femmes est aussi un grand blocage dans l’application des lois qui veulent les promouvoir. Les textes qui garantissent leur égalité trouvent des problèmes surtout dans une culture  qui est justifiée par un poids traditionnel sexué et qui attribue aux femmes un statut inférieur du fait des stéréotypes.

D’après vous, les femmes sont-elles plus sensibilisées sur le genre que les hommes au Congo ?

Absolument ! Elles sont plus sensibilisées que les hommes, mais à un faible niveau vu leur effectif. Cette sensibilisation change quand on est plus dans un milieu rural qu’urbain. Il faut aussi signaler que le genre ne touche pas seulement la catégorie des femmes, et c’est ça la grande erreur que nous observons dans les sensibilisations faites par certaines organisations sur la question de l’intégration de l’approche genre qui est pourtant transversale.

Par rapport aux structures ou organisations qui s’orientent dans ce domaine, elle n’ont pas de moyens suffisants pour atteindre un grand nombre de femmes. D’après nos recherches, nous avons découvert que pour bien intégrer la dimension genre au sein des organisations, l’Etat congolais doit lui-même sensibiliser via les lois du pays et les ratifications des traités régionaux et internationaux en matière de la promotion du genre.

Par rapport au contexte local, le genre est perçu comme une affaire des femmes, les plaidoyers des femmes écartant les hommes. Cette perception crée certainement trop de contre coups de la part des hommes. De ce fait, pour assurer la participation et l’implication des femmes dans les organisations, il fallait d’abord penser à conscientiser les hommes. La flexibilité des hommes sur l’implication du genre est la voie facile pour faire accéder les femmes aux structures. Oublier les hommes dans ce domaine, c’est continuer à tourner en rond.

Sommes-nous obligés d’être féministe avant de promouvoir le genre ?

Les personnes de sexe féminin subissent une injustice particulière. Il est possible et important de pallier cette  situation ignoble qui touche une catégorie en y mettant fin individuellement ou collectivement.

Le féminisme ayant un caractère pluriel, nous sommes appelés à en avoir une dose pour participer activement à la promotion du genre. Le féminisme est un courant de pensée qui préconise la prise en compte de l’extension des droits fondamentaux de l’être humain sans tenir compte de sexe. Mais par rapport au contexte de la RDC, nous faisons appel au féminisme réformiste qui cherche à obtenir une égalité de droit et de fait entre les deux sexes. Deux tendances se dessinent ici pour bien répondre à cette question, il s’agit notamment du « paradigme naturaliste et culturaliste ». Le premier croit que la vie sociale a été divisée selon les sexes et est immuable, c’est-à-dire que chaque sexe a son rôle pour le maintien de l’ordre social, tandis que le second montre que cette catégorisation ou hiérarchisation est une émanation de la construction de la société par les normes et valeurs socio-culturelles via la socialisation.

Cette philosophie milite aussi pour la prise de conscience de toutes les catégories (couches de la vie sociale) et la promotion de la justice sociale distributive et l’équité.

Quelles sont les principales leçons qu’on peut tirer de vos recherches sur le genre ?

Les principales leçons de nos recherches sur le genre résident dans l’intégration de la dimension genre dans le secteur de la vie et la suppression du plafond de verre dans le monde professionnel.  En plus, nous prônons l’égalité des sexes dans le processus de la reconstruction des sociétés post conflits. Nous militons aussi pour l’implication et la participation des femmes dans la gouvernance locale et la consolidation de la paix.

Qu’est-ce qui a motivé votre intérêt pour le genre ?

C’était justement de bien comprendre le processus de différenciation, de hiérarchisation et de catégorisation  des hommes et des femmes, le masculin et le féminin, et leur perception dans la vie quotidienne. Comprendre effectivement la notion des rapports sociaux des sexes qui  est un processus de construction des catégories de sexes et de leur rapport.

Le monde scientifique au Congo est-il un exemple à suivre en matière de promotion du genre au sein de notre société ?

Le monde scientifique congolais n’est pas un bon exemple à suivre actuellement, car il y a une faible participation des chercheur-e-s pour décortiquer cette problématique qui ronge notre communauté. Ce champ scientifique (sociologie du genre) est abandonné en faveur des ONG qui font des projets sans approche scientifique. Voilà qu’il n’y a pas des résultats sur le terrain.  Les écrits ou les nouvelles approches ne sont pas nombreuses et cela a un impact sur le vécu quotidien de la population.

L’absence d’enseignements spécifiques sur le genre (étude sur le genre) au sein des écoles primaires, secondaires et des universités fait à ce que cette inégalité entre les sexes persiste. Pour éviter les violences basées sur le genre, harcèlement et autre dans nos communautés, le genre doit être un enseignement pour lutter contre l’ignorance dans cette matière.  Nous pensons également qu’il faut ouvrir une faculté d’études sur le genre au sein de la faculté des sciences sociales et humaines pour permettre à la femme de s’intégrer facilement et de lutter contre toute forme de discrimination.

 

*Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence suédoise de développement international (ASDI), de l’USAID, du gouvernement suédois et du gouvernement des États-Unis.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. je tiens aussi a souligner que le genre est un facteur important pour le développent socio économique pour notre pays et la considération du genre à tous les niveaux dans la société peut booster le développement depuis la base, toutes beaucoup reste encore à faire car certaines opinions pensent jusque-là le genre avantagerait la femme au détriment de l’homme et pourtant c’est sur la considération des valeurs de l’un et de l’autre dans la société pour une harmonie. Dans nos sociétés surtout encore traditionnelles , plusieurs barrières restent encore à lever pour encrer cette aspect et aller même plus loin en l’associant à l’inclusion sociale.