Christian Kabwika est un jeune poète vivant au Haut-Katanga. A l’occasion de la sortie de son recueil intitulé « J’ai Vu » il nous partage son poème « le policier fatigué ». À travers ce poème il dépeint la réalité difficile des policiers, pris entre leur mission de protéger la population et des conditions de vie précaires marquées par le manque de salaire, d’équipement et de reconnaissance. Il montre comment cette misère pousse certains à la corruption pour survivre, tout en soulignant que d’autres restent honnêtes malgré les sacrifices. À travers ce contraste, le texte critique un système injuste qui abandonne ceux censés faire respecter la loi, tout en rendant hommage à leur humanité et à leur courage.
Le policier fatigué
J’ai vu ce cowboy fatigué,
Pardon, ce shérif désabusé.
Debout dès l’aube, ventre creux,
Sous le soleil, il fait ses vœux.
Main tendue comme une antenne,
Il scrute les motos, les taximans
Pas pour l’ordre, non, soyons clairs,
Mais pour “quelque chose” à se faire.
J’ai vu ce policier de carrefour,
Il siffle pour l’amour… du four.
Pas de PV, pas de contravention,
Juste une négociation sans tension.
Il crie “stop !” avec fureur,
Mais c’est ton billet qui fait sa peur.
Pas de casque ? Pas d’amende,
Juste un “arrange-moi” qui le sonde.
J’ai vu son uniforme usé,
Ses bottes trouées, son col froissé.
Il rêve de grade, de dignité,
Mais vit de miettes et d’humilité.
Dans la nuit noire, il fait la garde,
Un fusil vide, une âme en rade.
Le bandit rit dans la pénombre,
Lui, compte les étoiles dans son ombre.
Il protège les ministres, les grands,
Mais rentre à pied, affamé, tremblant.
Il a vu les honneurs de loin,
Mais son nom n’est jamais sur le pain.
J’ai vu ce commando pleurer,
Son enfant malade sans payer.
Pas de prime, pas d’assurance,
Il est toujours prêt pour la défense.
Il monte les pick-up poussiéreux,
Court derrière les voleurs furieux.
Et sa paie ? Un mot suspendu,
Chaque mois : “attends, c’est prévu.”
Il sait manier les grenades,
Mais fuit la honte comme une parade.
Il aime sa patrie, c’est vrai,
Mais sa patrie ne l’a jamais payé.
Il dort sur les bancs, parfois dehors,
Pour un salaire qu’on oublie encore.
Le jour, il joue le dur, le fort,
La nuit, il compte ses torts.
J’ai vu ce policier honnête,
Qu’on moque, qu’on traite de bête.
Car il ne tend pas la main,
Il vit comme un moine, sans pain.
Son chef roule en jeep blindée,
Lui marche sous la pluie, mouillé.
Il obéit, serre les dents,
Même quand son cœur crie en dedans.
Et malgré tout, il reste là,
Sous la pluie, le vent, le tralala.
Il veille sur vous, sur moi,
Sans gilet, sans foi ni loi.
J’ai vu des policiers fléchir,
Perdre l’honneur, vouloir trahir.
De l’autre côté j’ai vu aussi des héros,
Fatigués, mais toujours debout, haut.
