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De Monsengwo à Ambongo : les pieds toujours dans le plat ?

A l’heure où débute une campagne électorale hasardeuse en République démocratique du Congo, deux acteurs majeurs organisent leur retraite officielle : le président Kabila et le cardinal Monsengwo. Vrais-faux départs de la scène politique ?

Si la laïcité prônée par la majorité des Etats modernes cantonne la pratique de la religion à la sphère privée, le prélat reste un électeur. Un citoyen dont la bouche, singulièrement en Afrique, porte rarement des caleçons lorsqu’il s’agit, tantôt de parler cru aux tenants des régimes en place, tantôt de les caresser dans le sens du poil. Du cardinal burkinabè Paul Zoungrana à l’évêque togolais Dosseh Agnroh, en passant par le célébrissime archevêque sud-africain Desmond Tutu, ce sont les dignitaires chrétiens qui tiennent souvent le haut du pavé d’un prêchi-prêcha « politique apolitique », pour le meilleur ou pour le pire.

Monsengwo n’avait pas sa langue dans sa poche

Dès 1992, c’est donc sans se faire prier que le prieur Laurent Monsengwo Pasinya entrait dans l’arène politique, élu président du Haut conseil de la République. Archevêque depuis les années 80 et cardinal depuis 2010, il n’a pas gardé sa langue dans sa poche. A tel point que certains Congolais auraient souhaité le voir prendre la tête d’une transition, après la fin constitutionnelle du dernier mandat de Joseph Kabila, voire franchir le pas d’une candidature à la présidentielle.

Toujours membre du Collège cardinalice, Monsengwo s’est retiré cette année de sa charge épiscopale. Depuis ce dimanche 25 novembre, voici officiellement assis son successeur sur le trône de l’archevêché de Kinshasa…

Monsengwo remplacé par un rebelle ?

C’est dans un Stade des Martyrs plein comme un œuf que Monseigneur Fridolin Ambongo a inauguré son ministère d’archevêque, sous l’œil de son prédécesseur qui célébrait la messe du jour. Une occasion pour les candidats Emmanuel Ramazani et Martin Fayulu de faire de l’œil à l’électorat fervent et de scruter, sur le visage de la vedette du jour, des signes de tentations politiciennes. Les semaines à venir dévoileront le rôle que le nouvel archevêque entendra jouer ou ne pas jouer dans un processus politique qu’on annonce chaotique.

Déjà, depuis les années Mobutu, il est présenté comme un défenseur acharné du peuple contre toute oppression, voire comme un rebelle qui devrait donc inscrire ses pas dans ceux du « poil à gratter » Monsengwo. En nommant celui qui fut président de la Commission justice et paix de la puissante Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), le pape François n’avait-il pas adressé un message de fermeté au régime actuel ? Ambongo a toujours insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de dire : « On est pour ou contre Kabila. » Mais l’admirateur de Jean-Paul II sera-t-il un Monsengwo II ?

 

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