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Monsieur le président, je veux du courant !

Importer du courant électrique d’Ouganda est une aberration car la RDC ne manque pas de cours d’eau pour produire de l’électricité. Le plus révoltant, c’est que les initiatives ou projets pour électrifier Butembo, Beni et Bunia sont à l’arrêt. 

Je ne suis pas contre l’idée d’importer du courant à partir de l’Ouganda. Avoir, enfin du courant permanent et de qualité dans le grand Nord-Kivu, à l’Est de la RDC, est tout naturellement une bonne affaire. Mais à quel prix ? Le courant dont a parlé le chef de l’Etat congolais est déjà à Kasindi depuis plusieurs années.

Mais dans cette commune rurale du territoire de Beni, le courant fait sauter les calculatrices. J’apprends même qu’après le passage de Joseph Kabila, une pétition contre la surfacturation a commencé à circuler à Kasindi.

Plusieurs milliers de signatures ont déjà été récoltées, me dit Nicho-Lucho, initiateur de ladite pétition. Les sites pour l’érection des centrales hydroélectriques sont légion chez nous. Pour vous en convaincre, je vous invite à jeter un coup d’œil à « la problématique du déficit et les potentiels énergétiques dans le bassin du Nil congolais » : ouvrage inédit du professeur Godefroid Basile Kazingufu Lukanda, docteur en sciences appliquées.

Ivugha à Butembo

Ce site a une capacité estimée à 1 mégawatt et demi. Son extension peut générer 3 mégawatts. En tout, moins de 5 mégawatts. Pour une demande estimée à 80 mégawatts en 2030. Quel fossé ! Mais il faut bien commencer quelque part, non ?

Nous sommes en période de campagne électorale en RDC. Le 16 novembre 2011, le chef de l’Etat congolais, alors en course pour sa propre succession, lance les travaux de construction de la centrale hydroélectrique d’Ivugha.

Après un mot prononcé au stade Tsaka-tsaka, la délégation se rend, par une route cahoteuse ayant reçu un coup de pioche pour la circonstance, au lieu où tirer de l’électricité. Les officiels arrivés, les cérémonies commencent. Et la première pierre est posée, sous les applaudissements et craquements d’appareils-photo. La situation n’a plus bougé depuis sur le terrain.

Un site abandonné à lui-même

Quand j’arrive à Ivugha, je ne peux m’empêcher d’avoir du ressentiment pour ce gâchis. La grille d’entrée a pris la rouille. La ferraille a pris une forme sinusoïdale. Dépassé la grille, des sortes de transformateurs surmontés d’une lourde ferraille très dilatée montre qu’elle peut avoir servi d’entrepôt. Le bassin, toujours ensablé, accueille une forte population de roseaux. De là, descend une tuyauterie en acier ayant subi les effets conjugués du soleil et de la pression de l’eau.

En effet, la pression de l’eau, qui y passait autrefois, a conduit au rétrécissement, par endroits, du gros tuyau. Appuyant sur les garde-fous, je contemple la gorge par laquelle l’eau, qui devrait aller vers l’alternateur, passe pour couler tranquillement dans les vallées environnantes. Tous ces travaux ont été exécutés au début des années 2000 par Clackson Power, une entreprise Sud-Africaine, du temps de la SENOKI, Société d’électrification du Nord-Kivu.

Quid de la Semuliki ?

Le nouveau projet d’érection de cette centrale, devait se faire dans le cadre du protocole d’accord pour le développement des centrales hydroélectriques de Semuliki et Ivugha en RDC.  Le protocole avait été signé, le 3 novembre 2011 entre la RDC et la société chinoise Sinohydro. Si les travaux ont été lancés à Ivugha, rien n’a encore été fait pour Semuliki.

Or, les deux sites sur cette rivière sont en mesure de nous fournir 140 mégawatts. La rivière Semuliki fait partie du bassin du Nil. Et le bassin du Nil est régi par l’accord-cadre de coopération sur le Nil, que la RDC n’a toujours pas ratifié. Lorsque je sais que cet accord a été négocié à Kinshasa par tous les pays du bassin du Nil, je ne peux que conclure à la mauvaise volonté du gouvernement de notre pays.

Un manque d’organisation

Si le courant venant d’Ouganda entre dans le cadre de l’intégration régionale, le forum congolais du bassin du Nil, recommande la chute de Rusumo. Je continue, par ailleurs à m’interroger sur la raison de l’abandon des travaux sur le site Semuliki et cela malgré un protocole d’accord avec Sinohydro.

« C’est ça le Congo », me direz-vous. Vous avez raison, je crois. Car, avant l’hydroélectricité, Joseph Kabila avait eu l’ingénieuse idée de nous fournir des groupes électrogènes en 2006. Un à Butembo, un autre à Beni et le dernier à Oicha. Celui de Butembo n’a jamais fonctionné. En attendant cette « faveur présidentielle », je vais virer vers l’énergie solaire. Elle est d’ailleurs écolo !

 

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