article comment count is: 1

[Entretien exclusif] Dr Muyembe : un dépistage de masse révélera plus de cas non répertoriés

Le 10 mars 2020, la RDC enregistrait son premier cas de Covid-19, importé d’Europe. Aujourd’hui, le pays compte plus de 2500 cas. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment la riposte est-elle gérée ? Notre blogueur Aimé Kazika a posé toutes les questions au professeur Jean-Jacques Muyembe qui est au cœur de la riposte contre la pandémie en RDC.

Cet entretien exclusif a eu lieu au bureau du professeur Muyembe à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa.

Aimé Kazika : Au regard des chiffres publiés journalièrement par l’équipe de l’INRB, plusieurs Congolais doutent de l’existence du Covid-19 en RDC. Existe-t-il réellement des malades de Covid-19 en RDC ?

Prof Muyembe : Cher ami, je te confirme bel et bien qu’il existe des cas de Covid-19 en RDC.  D’ailleurs, je prépare deux émissions avec Top Congo et avec quelques malades qui vont témoigner de leur guérison. Les personnes malades sont hospitalisées et d’autres sont suivies à la maison. D’autres cas suspects sont en cours d’investigation. L’équipe de la riposte dispose de ce qu’on appelle les « alerteurs », ce sont les relais communautaires qui nous informent de tous les cas suspects. Il y a aussi des malades qui appellent eux-mêmes l’équipe de la riposte.

Pourquoi jusqu’à présent, aucun malade guéri n’a témoigné de sa guérison ? Où sont exactement les malades de Covid-19 ?

Sur le plan de la déontologie, on ne peut pas filmer un malade. Mais dans les jours qui suivent, nous allons contacter quelques malades pour parler de Covid-19. Nous sommes également en train de voir comment masquer les visages de quelques malades pour leur demander de témoigner.

Expliquez-nous la notion des « cas en bonne évolution » et des cas bénins ?

S’agissant des cas en bonne évolution ou bénins, ce sont ceux qui ont une charge virale faible et pour lesquels on demande au malade de rentrer à la maison, boire beaucoup d’eau et prendre beaucoup de repos. On appelle « cas en observation » une personne malade qui se trouve à l’hôpital mais qui n’est pas en soins intensifs. Au regard du travail fait actuellement, le taux de guérison se plafonne autour de 11 % et celui de létalité est de moins de 4 %. Le chiffre de personnes en bonne évolution signifie, les personnes qui sont guéries et celles comptées [comme] bénignes (malades).

Il faudra savoir ceci : l’Africain ou le Congolais a subi beaucoup de chocs et a développé l’immunité suite à plusieurs attaques de maladies. Avec un bon suivi, il peut être guéri facilement. La plupart de ceux qui meurent sont ceux qui ont des antécédents d’autres maladies.

La question du vaccin a été un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. Qu’en dites-vous ?

Selon l’information en ma possession, il y a déjà neuf pays qui ont fait des progrès en matière de vaccin (des essais cliniques), notamment la Russie. Mais les essais sont d’abord faits auprès de leurs volontaires avant d’être expérimentés et adoptés dans plusieurs pays et dans tous les continents.

Le vaccin reste important pour développer des anticorps. La RDC a fait ses preuves avec Ebola. Mais les gens ont mal compris et ont dit tout ce qu’ils pouvaient dire. Jusque-là, il n’y a ni vaccin ni médicament, car c’est un nouveau virus. Ce qui est grave, en un mois, la propagation a atteint le monde entier. Raison de l’étude du comportement du virus au sein de la population (épi-démos) étude sur la population. A ce jour, on n’analyse que quelques cas au sein de la population, mais si on parvient à faire un dépistage de masse ou volontaire, on aura plus de cas que ce qui est actuellement répertorié.

Des rumeurs font état de l’achat des cadavres par l’équipe de la riposte pour augmenter les chiffres. Vrai ou faux ?

Pour cette question, l’équipe de la riposte veut que les chiffres de cas contaminés baissent et c’est même ça notre vocation. Acheter un cadavre pour en faire quoi ? La proposition de contribuer aux frais funéraires a été décidée pour alléger le poids financier des familles, car elles ne se sont pas préparées à cette maladie qui est nouvelle pour le monde. Les gens mal intentionnés voulaient salir l’image de l’équipe de riposte. Aucun membre de la riposte n’a fait ça.

Professeur, il a été dit que le pic de l’épidémie serait atteint en mai. Or, le mois de mai tend à sa fin, mais les cas se multiplient

Oui, dans  toute épidémie, il y a plusieurs phases. Une phase de début puis le pic – le point où il y a plus de cas puis ça va baisser. Seule la participation de la population ou l’intervention peut arrêter l’évolution. Pour le cas de Covid-19, les mesures barrières, le port obligatoire du masque et les distanciations sociales prônées par les autorités ont contribué à réduire le risque de contamination. Au début du Covid-19, il y a eu des cas importés (maladies des voyageurs), maintenant, il y a des contaminations domestiques. Zéro cas de contamination importée, puisqu’on est intervenu à temps. On veut qu’il n’y ait plus de cas de contamination. D’où, la population doit contribuer à cet effort.

Quel message pouvez-vous adresser à la population et aux médias ?

Les médias doivent dire la vérité sur les cas de coronavirus. Chercher l’information à la source comme tu viens de le faire. Quant à la population, elle doit participer aux efforts qui consistent à respecter les mesures barrières, le port obligatoire du masque, etc.

Selon vous, la RDC a-t-elle la capacité de gérer la crise du Covid-19 ?

Bien sûr que oui ! Car la RDC dispose d’un laboratoire du niveau P3, un laboratoire moderne et bien équipé.

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (1)

  1. Merci cher professeur,pour les conseils.
    Mais il y’a une choso inquiètent,pourquoi l’INRB n’est qu’un seul endroit(Kinshasa) et qu’il faudra attendre qu’il y ait des nouveaux cas en d’autre province pour le distribuer maintenant,celà est dit à quoi??