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Nancy Tshiaba, licenciée en droit et ceinture noire de karaté

Jeune, juriste de formation et ceinture noire de karaté, Nancy fait partie de ces rares femmes qui déconstruisent, par leurs capacités, les idées reçues sur les femmes en RDC. Elle s’est créé une place dans des domaines qu’on pourrait qualifier de masculins. Comment y est-elle arrivée ?

À Kinshasa, nous avons rencontré Nancy un soir à l’Institut de Matonge, non loin de la place Victoire. C’est là qu’elle s’entraîne au karaté. « Ouh ! euh ! ah ! », entre plusieurs cris d’hommes, on entend avec distinction sa petite voix de femme crier en faisant des exercices de karaté. Elle est habillée en kimono tout blanc, avec une ceinture noire autour de sa taille. Elle porte des mèches attachées par un cordon noir derrière sa tête. C’est sur son tatami que nous avons le privilège de découvrir la karatéka Nancy dont le club Shotokan Ryu de Kinshasa fête ses 30 ans d’existence en novembre 2018. Nancy est aussi membre de l’équipe nationale de karaté catégorie lourd 68-100 kg.

Nancy raconte comment elle est devenue karatéka : « Tout est parti d’une émission télé que j’ai suivie il y a de cela plusieurs années. Ce jour-là, j’ai vu une femme représenter son pays lors d’une compétition des Jeux Olympiques. Elle chantait l’hymne national de son pays. Cela m’a tellement plu que je me suis décidée de faire du sport pour faire la même chose pour mon pays. »

Depuis cette époque, Nancy aime le sport mais sa difficulté a été de choisir une discipline précise. « À l’école primaire, j’ai joué au foot et au basket… J’accompagnais souvent une cousine à son club de karaté. C’est ainsi que je n’ai pas hésité à devenir karatéka en 1999 et j’ai intégré l’équipe nationale de karaté en 2004. Et depuis, le karaté est devenu comme une partie de moi. »

Elle ne savait pas que son propre père était aussi un karateka, elle ne l’a appris que plus tard. « Le karaté est peut-être un atout familial », estime-t-elle.

Elle ne compte plus le nombre de médailles

En 2004, en plein championnat national, c’est la première fois qu’elle monte sur un tatami dans le cadre d’une compétition. Et elle s’est battue contre Godée Tshafefi, une autre karateka connue à Kinshasa. « J’avais peu de confiance en moi-même, mais j’ai gagné le combat. C’est à cette occasion que j’ai été sélectionnée pour faire partie de l’équipe nationale de karaté. Je ne pouvais m’imaginer, à cette époque-là, en être membre. C’est mon plus beau souvenir ! », se rappelle-t-elle.

Nancy a reçu plusieurs médailles nationales dans sa catégorie. Elle conserve son titre de championne de la ville de Kinshasa depuis plus de 10 ans aujourd’hui. Son équipe est championne de Kinshasa en kumité et kata.  

Plusieurs fois médaillée d’or, de bronze ou d’argent aux championnats africains, la Congolaise se souvient encore de l’un de ses échecs en équipe nationale lors d’une compétition africaine au Rwanda. Ni elle, ni l’équipe congolaise n’y ont remporté aucun prix. Mais cela l’a aidée à s’améliorer pour mieux avancer dans sa carrière. « En tout cas, nous avons présenté beaucoup d’excuses à nos fans pour cette déconvenue », s’excuse-t-elle au nom de l’équipe nationale.

Parmi ses nombreux succès, on retiendra que Nancy Tshiaba a obtenu la médaille d’or dans la catégorie de plus de 68 kg dame à l’International Tchapi Open, un tournoi international de karaté organisé à Yaoundé au Cameroun en 2017.

Autrefois considéré comme un sport « très violent » pour les Jeux Olympiques, le karaté a finalement été intégré aux JO. « Pour moi et pour tous les autres karateka congolais, le rêve ultime serait la participation aux JO prochains », espère Nancy Tshiaba.

Formation de juriste et karaté, difficile à concilier ?

« J’ai fréquenté l’université de Kinshasa où j’ai décroché mon bac +5 en droit en 2015. Bientôt, je vais prêter serment comme avocate. C’est grâce à ce bagage universitaire que je suis à ce jour trésorière de la ligue de karaté de Kinshasa et arbitre au niveau national. Le sport m’a permis en quelque sorte de payer mes études et celles-ci aujourd’hui me permettent de construire ma carrière. Je pense que le sport et le droit sont complémentaires dans ma vie », explique Nancy. Et d’ajouter : « J’avais une sœur qui ne voulait pas entendre parler du karaté. Selon elle, j’allais perdre ma féminité et devenir lesbienne. Malheureusement elle est décédée – paix à son âme – mais elle n’a pas pu voir ce que je suis devenue à ce jour grâce au karaté. »

Nancy affirme que son entourage apprécie son choix de faire du sport et l’encourage à aller de l’avant. « Le karaté ne fait pas de moi une délinquante », souligne-t-elle.

Dans la communauté, certains trouvent anormal le fait qu’une femme soit sportive. Nancy témoigne : « J’ai rencontré un pasteur qui m’a dit qu’il n’était pas bon pour une femme de faire du sport. Je lui ai dit que le karaté c’est avant tout un jeu et il serait bien qu’on le comprenne ainsi. »

À la question de savoir comment elle s’en sort avec les hommes en pratiquant le karaté, Nancy laisse échapper un sourire et répond : « Si un homme veut d’une femme, peu importe ce qu’est la femme, il a toujours le courage de l’approcher. Un homme qui me fuit parce que je suis karatéka n’est pas un vrai homme. »

Au-delà du karaté et de l’avocature, Nancy Tshiaba est une femme comme les autres à Kinshasa. Elle sort parfois en hauts talons, en jupe, en robe, en pagne… Quant à savoir si elle est mariée, ça reste notre petit secret. 

 


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Les commentaires récents (4)

  1. je connais Nancy à l’université. je souligne que c-est une femme forte;sensible avec de l’émotion qui a les atouts que d’autres femmes n’ont pas je ne jamais eu honte de ce qu’ elle fait a travers son parcours je soutien ma petite cousine qui est en France de suivre ses pats ….vas toujours de l’avant tu fais la fierté de mon pays.Martine Ntoya

  2. C’est Vraiment Une Femme à encourager,et qu’elle Soit un modèle Pour Les Autres Femmes Congolaises Qui Se Marginalisent En Sports.

  3. une femme moderne est capable de tout faire et le sport n’est pas incompatible avec la feminité. Bravo les filles super article. j’attends de lire avec impatience le prochain sujet de votre duo

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