Dans les années 1960, les Pays-Bas découvrent du gaz à Groningue. Euphorie, afflux de devises, monnaie forte… Et quelques années plus tard, leur industrie manufacturière perd en compétitivité. C’est ce phénomène qui sera connu sous le nom de maladie hollandaise. En 2026, la RDC risque-t-elle de vivre le même scénario ? L’actualité nous pousse à poser la question.
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a lancé le Projet MICKA, qui prévoit notamment la prospection du cuivre à Miabi et Kabeya Kamwanga, au Kasaï-Oriental, en partenariat avec la MIBA et des investisseurs privés.
En même temps, le Gouvernement travaille sur un projet de décret visant notamment le lithium, le tungstène, l’uranium et les terres rares, compte tenu du caractère critique de ces minerais pour l’énergie et la transition énergétique.
L’objectif : mieux positionner la RDC dans la transition énergétique mondiale.
Mais un mécanisme inquiète
1. Boom des devises : le développement du cuivre, du cobalt, du lithium et d’autres minerais stratégiques peut entraîner d’importantes entrées de dollars dans l’économie congolaise.
2. Un CDF qui se renforce : cet afflux de devises peut contribuer à l’appréciation du franc congolais. Une bonne nouvelle, à première vue, pour la stabilité monétaire.
3. L’effet pervers : si cette appréciation devient importante et durable, les produits agricoles et industriels congolais peuvent perdre en compétitivité, pendant que les produits importés deviennent relativement moins chers. Résultat : on risque d’affaiblir le Made in Congo sans le vouloir.
Alors, comment faire de MICKA une bénédiction et non une malédiction ?
Trois pistes méritent une réflexion technique entre le ministère des Mines, le ministère du Commerce extérieur et la Banque centrale du Congo.
Mes trois recommandations
1. Stériliser la manne
La BCC doit pouvoir absorber l’excès de liquidité afin de limiter les effets d’une appréciation trop brutale du CDF et de protéger la compétitivité de nos exportateurs.
2. Fonds de stabilisation et transformation locale
Épargner une partie des recettes issues de la manne minière et investir l’autre partie dans la transformation locale.
L’objectif doit être clair : vendre davantage de produits transformés, notamment des batteries et des câbles, et pas seulement du minerai brut.
3. Une politique commerciale offensive
Baisser le coût de l’énergie et du transport, améliorer les routes et soutenir l’agriculture et l’industrie afin qu’elles puissent tenir face aux effets éventuels d’un CDF fort.
L’idée maîtresse reste la même : les richesses du sous-sol doivent financer les richesses de la surface.
Nous avons la chance d’avoir les minerais indispensables à la transition énergétique mondiale. Ne répétons pas les erreurs observées ailleurs.
La vraie souveraineté économique, c’est lorsque le cuivre de Miabi finance les usines du Kasaï, les champs du Congo et les écoles de la RDC.
