Dans un contexte sécuritaire marqué par les affrontements armés, la précarité et les tensions communautaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, une réponse citoyenne et structurée s’organise à la base. Réunis à Bukavu et Goma par vidéoconférence, des mouvements de jeunes du Nord et du Sud-Kivu ont validé leur Agenda des Jeunes pour la Paix.
Une démarche participative ancrée dans les réalités des jeunes
L’Agenda n’est pas un document de réflexion rédigé uniquement par des experts extérieurs. Il découle des résultats d’une Recherche-Action-Participative (RAP) menée sur le terrain par les jeunes eux-mêmes auprès de leurs pairs à Bukavu, Goma et dans le territoire de Nyiragongo.
Plus de 148 délégués, dont 79 jeunes femmes, issus de mouvements citoyens, d’universités et de structures communautaires, se sont mobilisés. L’étude relève plusieurs défis auxquels les jeunes disent être confrontés : chômage, risques d’enrôlement dans les groupes armés à Nyiragongo, insécurité urbaine, manipulation politique et prolifération des discours de haine sur les réseaux sociaux.
« Cet Agenda n’a pas été écrit pour nous, mais par nous, pour nous et avec nous. Il retrace nos aspirations profondes et fixe nos priorités stratégiques », explique Annie Binja, coordonnatrice du Forum Inter-Réseaux des Jeunes pour la Paix à Bukavu.
Cinq axes pour contribuer à la paix
Pour répondre concrètement à ces défis, les jeunes ont structuré leurs actions autour de cinq axes:
1. Cohésion sociale et vivre-ensemble: redynamisation des clubs de paix dans les quartiers, espaces de dialogue intergénérationnel et cadres de guérison des traumatismes liés à la guerre.
2. Sécurité et prévention des violences : structuration des réseaux d’alerte citoyenne, notamment Chem-Chem ya Amani, protection des jeunes défenseurs des droits humains et lutte contre les violences basées sur le genre (VBG).
3. Gouvernance participative : en référence notamment à la Résolution 2250 sur Jeunesse, Paix et Sécurité, les jeunes plaident pour une plus grande représentation dans les instances décisionnelles et pour l’instauration d’un dialogue permanent entre jeunes et autorités.
4. Autonomisation économique et entrepreneuriat : création d’incubateurs de métiers adaptés, accès facilité aux crédits de démarrage et soutien aux activités génératrices de revenus.
5. Numérique et coopération transfrontalière : mise en place de plateformes de veille contre la haine en ligne, dont Bustani ya Mutandao, et organisation de caravanes de paix entre les jeunes des pays des Grands Lacs.
Du document à l’action sur le terrain
Conscients que de nombreux rapports peuvent rester sans suite, les acteurs de cet Agenda prévoient également des mécanismes de redevabilité et de suivi citoyen.
Un Tableau de bord citoyen, un Baromètre Jeunesse de la Paix, un numéro d’alerte WhatsApp et des boîtes à suggestions devraient permettre de suivre la concrétisation des engagements pris.
« Amani inaweza kuwa kama kila mtu anajitia pamoja… » : la paix est possible si chacun s’investit, si nous nous écoutons et travaillons ensemble en bannissant les discriminations, résume un message d’unité porté par les jeunes.
À travers cet Agenda, les jeunes interpellent directement les autorités locales et nationales : les intégrer dans les processus de décision et investir dans leur autonomie économique ne devraient pas être considérés comme une faveur, mais comme une dimension importante de la construction de la paix.
Le projet est porté par des jeunes de Bukavu, Goma et Nyiragongo avec l’accompagnement d’International Alert et de Pole Institute, dans le cadre du projet Kizazi Cha Amani, avec le soutien financier de l’Union européenne.
Après la validation de l’Agenda, un autre défi commence désormais : faire passer les engagements inscrits dans le document aux actions concrètes sur le terrain.
