Le 3 mars 2026, à l’aube, des hommes armés ont pris d’assaut le quartier général du Parc national de l’Upemba, à Lusinga, dans le Haut-Katanga. Sept personnes ont perdu la vie lors de cette attaque. Parmi elles, Ruth Osodu, 28 ans, vétérinaire et jeune scientifique engagée dans la conservation de la faune sauvage.
Elle travaillait notamment au suivi des populations animales du parc. Elle ne faisait pas de politique. Elle soignait et étudiait les animaux et contribuait à protéger un patrimoine naturel qui appartient à toutes les Congolaises et à tous les Congolais.
Son oncle, François Kitoko, a dit d’elle qu’elle avait « donné sa vie pour protéger les richesses du Congo ».
Ces mots m’ont arrêtée net. Parce que Ruth n’est malheureusement pas un cas isolé.
En juin 2026, l’organisation Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) a publié un rapport de monitoring documentant une réalité préoccupante : les personnes qui défendent l’environnement en République démocratique du Congo continuent de travailler dans des conditions particulièrement dangereuses.
Selon ce rapport, entre juin 2025 et mars 2026, au moins 12 défenseurs environnementaux ont été tués en RDC. Au-delà de ces morts, l’organisation a également recensé 31 cas d’atteintes aux droits humains : arrestations arbitraires, enlèvements, menaces de mort, harcèlement judiciaire et intimidations.
Ces violences touchent des leaders communautaires, des scientifiques, des défenseurs de l’environnement, des militants fonciers ou encore des journalistes qui couvrent les questions environnementales. Des femmes et des hommes qui, souvent, ont simplement osé dire non : non à la destruction d’une forêt, non à la pollution d’une rivière, non à l’accaparement des terres.
Qui les menace ? Qui les protège ?
Le rapport de l’ACEDH pointe plusieurs catégories d’acteurs. Il évoque notamment des groupes armés et des milices locales opérant dans des zones riches en ressources naturelles, où les défenseurs peuvent être perçus comme des obstacles à certains intérêts.
Il relève également des pressions liées aux activités minières et forestières, notamment à travers des plaintes et des poursuites judiciaires contre ceux qui documentent leurs impacts. Dans certains cas, des agents ou services de l’État sont aussi mis en cause.
Ce que cette situation révèle surtout, c’est un problème plus profond : là où les ressources naturelles suscitent d’importants intérêts économiques, ceux qui tentent de protéger les forêts, les terres, les cours d’eau et la biodiversité peuvent se retrouver exposés à des menaces.
Et lorsque défendre l’environnement devient une activité susceptible de coûter la liberté, la sécurité ou même la vie, c’est toute notre conception du développement qui doit être interrogée.
En tant que femme engagée pour la justice sociale et environnementale, cette réalité me touche profondément. Elle nous rappelle quelque chose d’essentiel : on ne peut pas parler sérieusement de transition énergétique juste, de préservation de la biodiversité ou de développement durable si les personnes qui défendent ces causes sur le terrain vivent dans la peur.
L’ACEDH le souligne également : protéger les défenseurs environnementaux constitue une condition essentielle pour préserver la biodiversité, promouvoir la justice climatique et soutenir un développement durable.
Je souscris entièrement à cette idée.
Mais j’irais encore plus loin : les défenseurs de l’environnement ne sont pas des ennemis du développement. Ils en sont des acteurs essentiels. Protéger leurs droits, leur sécurité et leur liberté d’action, c’est aussi protéger les ressources dont dépend l’avenir de nos communautés.
Aujourd’hui encore, en pensant à Ruth Osodu, à ses 28 ans, à sa blouse de vétérinaire et à son engagement pour la faune et la nature congolaises, une question demeure.
Qui protège ceux qui protègent et défendent notre environnement ?
