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Les routes de la RDC mènent-elles vers les cieux ?

C’est dans la Bible qu’il est dit que « le chemin vers le ciel est parsemé d’embuches et d’épreuves ». Or, en voyant la façon dont les routes de la RDC sont pleines de bourbiers, d’obstacles et d’embuscades, je pense donc qu’elles mènent aussi vers les cieux !

Chez nous, quitter un lieu vers un autre par la route, c’est tout un tas d’épreuves et d’embuches à affronter, comme le dit si bien la Bible ! On croirait qu’au bout de la route congolaise on pourrait tomber sur Saint-Pierre qui nous ouvrirait alors la porte des cieux et dirait : « Bons et fidèles serviteurs, entrez dans le royaume de votre Père ! » Je pense qu’il aurait ainsi pitié de nous, tellement c’est rude et éprouvant les voyages terrestres au Congo !

La route Bukavu-Goma, un exemple parmi tant d’autres

Je l’ai expérimenté et je vais vous raconter ma galère. Et ce n’est pas la seule mauvaise route du pays. Sur les routes congolaises, si ce ne sont pas les braquages, les kidnappings et les tueries que bravent les voyageurs, c’est une éternité qu’ils passent dans les embûches avant d’atteindre la destination. Vous pouvez passer une semaine à réaliser une distance de moins de 200 kilomètres !

Des nids de poules géants

Bon, je quitte à présent les généralités et vous raconte en images ma traversée de Nyabibwe à Minova, c’est à moins de 50 kilomètres de la province du Sud-Kivu. J’étais à bord d’une Land Cruiser tout terrain pimpante neuve ! Ce voyage m’aura pris 12 heures, donc moins de 5 kilomètres par heures ! Presque trois fois moins rapidement qu’un homme qui effectue la même distance à pieds ! Et vous savez ce qu’il y avait sur la route ? Des marécages, des nids de poule, des ponts inexistants, etc.   

Les tarifs des taxes pour l’entretien routier, de l’argent dont personne ne connaît la destination

Les routes qui sont toute une école

On dit que le voyage est le plus grand livre du monde. Ha, comme c’est vrai quand c’est sur les routes congolaises ! Cric forestier, traction ou encore vitesse L… Ce sont-là des mots des chauffeurs que l’on finit par apprendre quand on est embourbé sur les routes ici. Il nous a fallu 9 heures pour sortir d’un bourbier. Et là on apprend que véhicule tout terrain ne veut jamais dire vraiment tout terrain ! En tout cas, il se peut que ce soit tout terrain sauf sur les terrains de RDC. « Sans cric forestiers on ne peut pas se sortir d’ici », expliquait le chauffeur. Ou encore il nous faut activer le « tire-fort ». Je ne connaissais même pas les noms de ces outils, mais aujourd’hui tout cela fait partie de mon vocabulaire ! J’ai tout appris sur cette route.

Une autre leçon que j’ai apprise c’est la solidarité humaine : pendant tout le temps qu’on était resté coincé, une douzaine d’hommes du village sont venus en renfort et sont restés avec nous jusqu’à ce que nous ayons pu nous en sortir !

Tout le monde s’y met pour sortir le véhicule du bourbier

Au Congo, même un quart de siècle ne suffit pas pour réparer une route

En 1994, pendant l’opération turquoise menée par les militaires français, un de leurs véhicules était tombé sur cette route Bukavu-Goma. Le tronçon était difficilement praticable à l’époque déjà. Plusieurs étaient morts, et depuis on appelle cet endroit : « Chez les Français ». Et vous savez quoi ? 24 ans après, soit un quart de siècle environ, l’endroit reste tout autant dangereux qu’à l’époque. 24 ans qu’un drame s’y est déroulé et jusqu’à aujourd’hui « chez les Français » reste un endroit de cauchemar pour ceux qui prennent cette route.

Le véhicule se battant contre la route au niveau de « chez les Français »

Et espérant arriver aux cieux au bout du voyage et de toutes ces souffrances, on arrive à Goma plutôt. Et au lieu de Saint-Pierre, c’est un policier de roulage qui nous tracasse ! Il vient vérifier nos documents en cherchant le moindre défaut possible, tel Saint-Pierre qui scruterait notre vie sur terre cherchant nos moindres péchés avant l’entrée au paradis. Et quand « saint-policier de roulage » a décidé qu’on pouvait entrer en ville, eh bien, il n’y a même pas d’électricité pour charger nos appareils. Décidément les cieux ne ressemblent pas à ça, même si le chemin qui y mène est pareil. On peut donc dire que les routes du Congo, avec leurs embûches et épreuves, mènent plutôt vers l’enfer.

Un véhicule qui venait de passer trois jours bloqué « chez les Français »

 


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Les commentaires récents (1)

  1. L’article sur les routes de la RDC est un bon transfert des messages et plus encore, un outils de plaidoyer. Le redacteur de cet article décrit les moindre détail de la situation en RDC pourtant des grandes réalités. J’apprecie le fait que l’article met en defi les decideur en les interpellant sur la note du TEPMS : »Au Congo, même un quart de siècle ne suffit pas pour réparer une route ». Il est vraiment attirant et appelle la curiosité de lire et relire ce chemin de cieux qui va jusqu’en enfer.
    Bravo HABARI-RDC

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