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Santé mentale : ce que la crise sécuritaire fait aux jeunes à Butembo

On dit souvent que les jeunes sont « forts », « habitués », « résilients » et donc ils sont l’espoir de demain. Je préfère dire « l’espoir d’aujourd’hui ». Et je suis bien d’accord. Mais quand on prend le temps de s’asseoir avec eux, dans une buvette, au bord d’une rue ou devant un café, on entend autre chose. Quelque chose de plus fragile, de plus humain.

Je repense à Georges, un étudiant ressortissant de Mangurejipa. Avec un petit sourire, il m’a dit : « Moi, je dors, mais ce n’est pas vraiment dormir. Mon cœur veille, surtout ces derniers temps où des civils ont été massacrés chez moi. » Eh oui ! Cela fait parfois trembler.

Je pense également à cet ami et collègue enseignant qui a perdu des proches dans une attaque. Il continue à aller au campus pour enseigner. Il plaisante avec nous. Mais il m’a avoué qu’il porte toujours son téléphone sur lui, même en cours, craignant d’apprendre encore une mauvaise nouvelle.

J’ai alors compris que parmi les jeunes à Butembo, la santé mentale ne s’exprime pas par des grands mots. Elle se lit dans le regard qui se détourne quand on évoque « un drame qui s’est passé ». Des silences qui s’allongent quand un bruit d’armes retentit. Des rires presque forcés qui ressemblent à des pansements. Des mains qui tremblent quand un proche ne répond plus au téléphone alors qu’il se trouve dans une zone où règne l’insécurité ; des inquiétudes quand un proche tarde à rentrer à la maison… Beaucoup de jeunes vivent avec anxiété, fatigués de toujours apprendre de mauvaises nouvelles.

Malgré tout, ils continuent la vie. Ils étudient, entreprennent, rient… Ils tombent et se relèvent.
Ils s’entraident comme ils peuvent. Mais il y a des soirs où la façade se fissure un peu. Où un jeune regarde le plafond et se demande : « Est-ce que demain sera mieux ? »

La santé mentale, ici, est une bataille silencieuse. Malheureusement on ne guérit pas en se taisant.
On guérit en parlant, en partageant, en respirant ensemble. En acceptant que même les plus courageux ont parfois besoin d’un appui.  Je plaide pour qu’enfin on ose écouter ce que ces jeunes murmurent depuis longtemps.

 

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