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Au Sud-Kivu, les parents d’élèves ne veulent plus payer la prime des enseignants 

Depuis 1993 les parents d’élèves payent la prime des enseignants en RDC. L’idée est venue de l’église catholique de Bukavu. 23 ans après l’instauration de ce système les parents menacent de ne plus payer. La Constitution du pays garantit en effet l’école primaire gratuite.

Le 30 juin, aucune activité n’avait été prévue à Bukavu pour commémorer les 56 ans d’indépendance de la RDC à l’exception d’une messe dans la Cathédrale Notre Dame de la Paix.

Plusieurs officiels du Sud-Kivu, dont le gouverneur, avaient décidé d’y prendre part, tout comme moi, curieux d’entendre des témoignages sur les années 1960. Mais arrivé devant la porte de la Cathédrale, je constate un sit-in.

Des dizaines de parents d’élèves, tous catholiques, étaient venus de tous les coins de la ville pour exiger de l’archevêque de Bukavu et du gouverneur du Sud-Kivu qu’ils apposent leurs signatures sur une pétition demandant l’arrêt du paiement de la prime à partir de la prochaine rentrée scolaire en septembre.

« La prime est née à Bukavu et c’est à Bukavu qu’elle doit mourir »

« C’est ici à Bukavu que l’archevêque nous avait réuni en 1993 après la grève des enseignants quand Mobutu était encore au pouvoir. Il nous avait conscientisés sur la situation de l’époque. Il nous avait suppliés de payer l’équivalent d’un savon par élève pour que les enseignants puissent reprendre le chemin de l’école. Nous étions d’accord sur ce compromis. Cette initiative a débuté ici au Sud-Kivu et les autres provinces nous ont emboitées le pas. Mais la situation a changé au fur et à mesure. Aujourd’hui ce n’est plus l’équivalent d’un carton de savons que nous payons mais des milliers de dollars pour faire étudier nos enfants. Ce n’est pas correct ! L’année prochaine, plus question de payer la prime, nous sommes fatigués ! », déclare un des parents d’élèves pendant l’entrée des officiels dans la Cathédrale. Puis les parents entrent et la messe commence avant de se transformer en conférence-débat quelques minutes plus tard.

La Constitution garantit l’école primaire gratuite !

L’article 43 de la Constitution stipule dans son dernier alinéa que « l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics ». Et c’est en s’appuyant sur cet article qu’un groupe de parents se lèvent et interrompent l’homélie.

« S’il vous plaît Monseigneur. Nous sommes très indignés de constater que 56 ans après, nous sommes encore obligés de payer la prime pour que nos enfants puissent étudier. Sinon ils sont chassés de l’école et sont ainsi exposés à toutes les intempéries politiques et sociales ».

Directement un silence froid s’installe dans la Cathédrale. Tout le monde écoute attentivement. « Nous sommes venus vous demander, Monseigneur l’archevêque, et Monsieur le gouverneur, d’apposer vos signatures sur cette lettre qui supprime la prime en RDC à commencer par Bukavu car pour nous, c’est un crime ! On a trop souffert ! ».

La responsabilité du gouvernement engagée

En réaction, l’archevêque de Bukavu, François-Xavier Maroyi refuse de signer préférant d’abord se référer à sa hiérarchie, la conférence épiscopale. Et il renvoie la patate chaude au gouverneur, Marcelin Cishambo qui met en garde les parents d’élèves contre toute récupération politique de l’opposition. Il ajoute que, malgré les difficultés, le gouvernement congolais s’efforce d’améliorer le salaire des enseignants avec la bancarisation.

Conclusion : personne n’a signé la pétition. Les parents jurent de poursuivre leur lutte afin d’en finir avec la prime. Après ce jeu, chacun devrait prendre ses responsabilités. Le gouvernement congolais estime qu’il paye les enseignants et met en garde contre toute intoxication. Les enseignants, eux, déclarent que le salaire qu’ils reçoivent est insuffisant.

Alors comme les enseignants sont employés par l’Etat congolais, les parents feraient mieux de ne plus payer la prime pour non seulement respecter la Constitution, mais aussi laisser à l’Etat congolais sa responsabilité légale.

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