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« Lorsque la transition verte vire au rouge en Afrique », un essai de Joseph Tsongo

Imaginez un instant. Vous êtes assis confortablement dans votre voiture électrique, silencieuse, propre, symbole de la modernité verte. Conscience tranquille, vous pensez contribuer à sauver la planète… Mais, savez-vous que cette même voiture porte en elle des cicatrices invisibles d’un enfant de dix ans, creusant à mains nues le sol de la RDC pour extraire le cobalt qui alimente votre batterie ? Savez-vous que votre « mobilité propre » repose sur des rivières empoisonnées, des forêts rasées, des communautés chassées des terres de leurs ancêtres ?

C’est cette histoire-là, celle qu’on ne raconte jamais dans les publicités vertes, que j’ai décidé de raconter dans mon essai Lorsque la transition verte vire au rouge en Afrique, publié tout récemment depuis Belém, au Brésil, où s’achevait la COP30.

Un paradoxe qui fait mal

L’ironie de cette COP30 est saisissante. D’un côté, on célèbre enfin l’inclusion des droits des peuples autochtones dans le nouveau mécanisme BAM (Belém Action Mechanism), avec le principe du consentement libre, informé et préalable. Appelons ça une victoire historique… Mais de l’autre côté, et c’est là que le bât blesse, les minerais de transition, ce cœur battant des enjeux africains, ont été purement et simplement exclus du texte final. Comme si nos ressources, nos terres, nos vies ne méritaient pas d’être sur la table des négociations climatiques mondiales.

Et ce n’est pas tout. Les énergies fossiles ? Pas même mentionnées ! Comme si le climat pouvait attendre que les grandes puissances finissent de profiter de leur pétrole et de leur gaz avant de nous demander, à nous Africains, de sacrifier nos terres pour leur transition verte.

La RDC, « pays-solution » ou sacrifice organisé ?

Mon pays, la République démocratique du Congo, est devenu ce que j’appelle une « mine verte ». On nous le présente comme un « pays-solution » pour la planète, car nos forêts absorbent le carbone, nos sols regorgent de cobalt, de cuivre, de lithium. Oui, magnifique sur le papier, mais dans la réalité ?

Les communautés locales et autochtones du bassin du Congo voient leurs rivières devenir toxiques. Les enfants travaillent dans des mines artisanales dangereuses. Les familles sont chassées de leurs terres sans compensation. Les forêts sont défrichées. Pendant ce temps, les bénéfices ? Ils partent enrichir des multinationales et beaucoup de nos dirigeants corrompus. Pendant ce temps, nous les citoyens ordinaires, portons le fardeau écologique et social de la transition verte mondiale, mais nous n’en récoltons rien.

J’ai récemment lu une note d’orientation remarquable publiée par la campagne « Notre terre sans pétrole », co-écrite par Aymar Nyenyezi Bisoka, Emmanuel Musuyu et Vittoria Moretti. Ce document met le doigt exactement là où ça fait mal : la RDC doit être un « pays-solution » non seulement pour le monde, mais d’abord pour et avec ses propres populations. Pas seulement un réservoir de ressources à exploiter.

Cette note soulève trois dimensions essentielles d’une justice environnementale réelle :

  • La distribution : les bénéfices doivent revenir aux communautés ;
  • La participation : les décisions doivent se prendre avec les populations, pas à leur place ;
  • La reconnaissance : les savoirs locaux et les droits territoriaux doivent être respectés.

Ce sont exactement les mêmes principes que je défends dans mon essai thématique.

L’histoire qui se répète

Vous savez ce qui me hante ? C’est le fait que l’histoire semble se répéter avec une cruelle ironie. Au XIXe  siècle, le Congo mon pays était dépouillé de son ivoire et de son caoutchouc pour alimenter l’industrialisation européenne. Aujourd’hui, au XXIe  siècle, nous assistons à une nouvelle ruée, cette fois pour le cobalt, le lithium, le cuivre et tant d’autres minerais stratégiques, mais toujours au nom du « progrès ». Hier, c’était la colonisation. Aujourd’hui, c’est la transition verte. Mais au fond, le mécanisme est le même : extraction, exploitation, profits ailleurs, misère ici !

Juste pour votre information, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande mondiale de cobalt sera multipliée par 20 d’ici 2040. Donc, 20 fois plus d’extraction, 20 fois plus de pollution des terres, de l’eau… et 20 fois plus de communautés sacrifiées. Et tout ça, pour que le monde puisse rouler en voiture électrique et progresser dans le développement de nouvelles technologies en se donnant bonne conscience.

Une autre voie est possible

Mais attention, mon essai n’est pas qu’un cri de colère. C’est surtout un appel à la conscience collective et à l’action. Parce qu’une autre voie est possible : une transition qui réconcilie urgence climatique et justice sociale. Une transition qui respecte l’environnement et les droits des communautés ; qui transforme localement nos minerais au lieu de les exporter bruts ; qui redistribue équitablement les revenus, qui impose des normes sociales et environnementales strictes, etc.

Dans mon livre, je plaide pour une transition juste, décoloniale et durable. Parce que pour moi, sauver la planète en sacrifiant l’Afrique, ce n’est pas de la justice climatique. C’est du néocolonialisme vert.

Un appel à la COP30 depuis Belém

Depuis Belém, où j’ai rendu public cet ouvrage, j’ai vu la même logique se répéter dans les négociations climatiques liées à la COP30. Les grandes puissances dictent l’agenda climatique mondial selon leurs intérêts, pas selon l’urgence réelle, ni selon les besoins des plus vulnérables. Les discussions sur les minerais de transition ? Écartées. Les engagements concrets sur les énergies fossiles ? Absents. C’est exactement ce paradoxe que je documente dans mon essai, disponible en français et en anglais sur Amazon :

Je vous invite donc à lire ce livre non pas comme un simple ouvrage académique, mais comme le témoignage de celui qui vit cette réalité au quotidien. Comme l’histoire de communautés qui refusent d’être les oubliées de la transition verte. Comme un plaidoyer pour transformer la malédiction des ressources en bénédiction partagée.

Parce qu’au fond, la question est simple : voulons-nous vraiment sauver la planète en détruisant l’Afrique ? Ou sommes-nous prêts à construire une transition véritablement juste, où personne n’est laissé pour compte ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir de l’Afrique, mais aussi celui de l’humanité tout entière!

 

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