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Trouver une adresse à Kinshasa : Google Maps ou les gens du coin ?

Il y a quelques mois, une amie qui venait d’arriver à Kinshasa m’a demandé l’adresse d’une librairie que je fréquentais souvent. J’étais moi-même surprise de me rendre compte que je ne connaissais pas l’adresse exacte de cet endroit que je fréquentais pourtant régulièrement. Je lui ai donné des « indications à la kinoise » sans succès. Elle n’arrivait pas à se retrouver. Finalement, elle est allée chercher la librairie sur Google Maps. Là encore il y avait un autre problème… Je vais vous expliquer.

Pour commencer, je dois vous dire que toute cette histoire m’a poussée à m’intéresser un peu plus à la manière originale de trouver une adresse à Kinshasa.

A qui demander son chemin ?

J’ai fait un petit sondage sur comment les gens se renseignent pour retrouver un endroit. Sur Google Maps ou auprès des gens du coin ? Beaucoup ont répondu qu’ils se renseignaient auprès des gens du quartier. Le contraire m’aurait étonné, d’ailleurs. Surtout à cause du dicton qui dit : « Na Kinshasa ba bungaka te, il faut kotuna » (à Kinshasa on ne se perd pas, il faut se renseigner).

Il y a certains Kinois qui dans de rares cas utilisent Google Maps, mais il faut reconnaitre que la solution ultime dans certaines situations, c’est de demander l’adresse aux gens du coin, par exemple aux vendeurs au bord des rues, aux gens qu’on trouve assis devant leurs portails ou aux enfants qui jouent dans la rue tout simplement.  Pourquoi ? Parce qu’il arrive que certaines parcelles n’aient pas de numéros !

Problèmes d’urbanisation

C’est bizarre de débarquer dans un lieu aux adresses incomplètes. On serait tenté de ne pas y croire. Pourtant, à part les nombreux problèmes fonciers, il y a un autre problème avec les parcelles à Kinshasa : la lisibilité ou l’ordre des numéros des parcelles. J’ai moi-même vécu sur une avenue où les numéros étaient en désordre, avec des plaques datant de la deuxième République.

Il y a un temps, le bourgmestre de la commune de Kalamu a mené une opération de renouvellement des plaques. Les agents de la commune passaient récolter 1000 francs congolais dans chaque résidence pour mettre des plaques neuves sur les portails. Comme c’est souvent le cas, tout le monde n’a pas payé. Du coup, sur une même avenue, on pouvait voir des plaques portant la mention « Zone de Kalamu » (appellation datant de l’époque du Zaïre) ; et sur d’autres, « Commune de Kalamu ». Les habitants ont fini par changer de plaques mais les numéros sont restés en désordre !

Emmanuel, un garçon qui habite Lemba Righini m’a confié qu’il vivait la même situation. Il explique : « Sur mon avenue, les numéros sur les plaques ne sont pas lisibles. Pire, ils sont en désordre. Je vis au numéro 8101 de l’avenue Béni 2. Chez nos voisins d’en face c’est le numéro 7191 et à côté de chez moi c’est le numéro 434. C’est un grand désordre. Voilà pourquoi les gens ne se réfèrent plus aux numéros. Quand tu arrives sur la rue, tu dois donner le nom de la personne que tu cherches. Si tu dis le numéro, personne ne saura se retrouver. »

En dehors de ce problème de numéros en désordre ou pas lisibles, il y a le fait que certains noms de rue n’apparaissent pas sur Google Maps. J’y ai cherché l’avenue où j’habite actuellement, mais le nom n’apparait pas. Il parait que ça arrive parfois. Alors dans le cas où je voudrais me faire livrer quelque chose à domicile, comment faire pour indiquer l’adresse à quelqu’un qui utilise Google Maps ?

Indication d’adresse « à la kinoise »

Voici comment on indique les adresses à Kinshasa : « Tu descends tout droit à l’arrêt Mabaya, tu verras un gros arbre juste devant toi. Il y a des vendeuses de bananes. Demande-leur où se trouve l’avenue Bunga. Une fois là-bas, tu regardes à ta gauche, tu verras une montagne d’immondices et une cabine téléphonique. Demandes au gars de la cabine de t’indiquer la maison où vit la famille Mutombo. C’est là que j’habite. »

Voilà ! Alors, imaginez que les vendeuses de bananes ne soient pas venues ce jour-là… Ou que la cabine téléphonique ait changé d’emplacement ! Ou encore qu’on vous dise : « Prenez la droite ! », alors qu’en réalité l’endroit que vous cherchez se trouve dans la direction opposée. Il arrive souvent qu’on vous indique le mauvais chemin. Le mieux à faire est d’appeler la personne que vous cherchez pour qu’elle vienne vous prendre directement à l’arrêt de bus ou à un endroit mieux connu dans le quartier. D’où l’importance des références.

Moi par exemple, je me suis rendue compte que je ne connaissais pas l’adresse complète de l’université où j’avais étudié, ni celle de l’église où je vais. Pourtant je sais très bien où ces institutions se trouvent et je peux donner toutes les références possibles.

La morphologie de la personne peut être une référence

Donc quand vous cherchez un endroit à Kin, demandez un maximum de références au cas où Google Maps vous lâcherait. Surtout ne soyez pas étonné si la vendeuse de pain à qui vous demandez le nom d’une rue se met à vous poser des questions du genre : « Ozo luka nani ? Aza mukuse to mulayi ? Aza na baleki ya basi mibalé ? ». (Qui cherches-tu ? Il est court ou élancé ?  Il a deux sœurs ?). Ce n’est pas de la curiosité malsaine (bon c’est vrai que parfois c’en est une). Mais généralement c’est dans le but de vous aider, parce qu’il peut arriver que la personne que vous cherchez ne soit pas très connue dans le quartier ou qu’il y ait deux personnes ayant le même prénom.

Bref, ce n’est pas toujours facile de trouver une adresse à Kinshasa ! En espérant que les services d’urbanisation s’occupent un jour de mettre les numéros en ordre et que certains noms d’avenues seront ajoutés sur Google Maps, je vous laisse écouter la chanson « Kinshasa » de JB Mpiana.

 

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