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La ville morte respectée à Kinshasa : plus de peur que de convictions. 

Par craintes des dérapages et des arrestations arbitraires, la ville morte, appelée par l’opposition au terme du dialogue, a été respectée, plus par craintes que par convictions.

Depuis tôt le matin jusque tard dans l’après-midi les activités étaient presque totalement paralysées à Kinshasa. Les commerces étaient fermés, il n’ y avait que très peu de taxis et les points les plus peuplés en temps normal étaient déserts ce mercredi 19 octobre 2016. Le rassemblement de l’opposition autour de Tshisekedi, a demandé d’observer cette ville morte pour rappeler à Kabila que son mandat arrivait bientôt à terme. 

Je me suis promené dans la cité déserte avec mon micro. Plus d’une vingtaine de personnes ont été interviewées. Beaucoup de Kinois sont restés à la maison par peur des dérapages qui auraient pu survenir comme les pillages, les arrestations arbitraires ou les balles perdues. J’ai posé à toutes ces personnes deux questions. Voici leurs réponses converties en statistiques. 

Avez vous travaillé aujourd’hui?  Si oui pourquoi et si non pourquoi? 

Sept personnes (soit 35%) ont dit avoir répondu à l’appel de l’opposition en signe de protestation. Pour elles, le gouvernement en place est défaillant. Beaucoup donnent l’exemple du prix des produits de première nécessité qui ont augmenté de 40% à 100% et qui rendent la vie encore plus difficile à Kinshasa. 

Neuf personnes (soit 45%) ont dit être restées à la maison par prudence. Ils comprennent « ville morte » comme « manifestation » et craignent ainsi les actes de vandalisme contre les personnes ayant ouvert leur commerce, les pillages et les attaques physiques. Ils invoquent aussi la peur de la police et des services de renseignement qui ont souvent tendance à abuser de leur pouvoir lors des manifestations de l’opposition, procédant à des arrestations arbitraires ou tirant à balles réelles. 

Deux personnes (soit 10%) ont dit n’avoir pas eu le choix de rester à la maison, car elles exercent des activités qui dépendent des autres : « je vends des beignets aux élèves devant le collège et comme il n’y a pas eu cours aujourd’hui j’ai du chômer ma journée ! », raconte une dame.

Deux personnes (soit 10%) ont boudé l’appel de l’opposition, arguant qu’elles devaient gagner leur vie au jour le jour. Papy est changeur de monnaie au rond point magasin : « Tshisekedi afutelaka ngai ndaku te, aleyisaka pe bana na ngai té, nalanda ye Pona nini? ». « Tshisekedi ne me paye pas le loyer, il ne nourrit pas non plus mes enfants alors pourquoi devrais-je le suivre ? ».

Si le rassemblement avait appelé à une marche, seriez-vous descendus dans les rues ? Si oui pourquoi et si non pourquoi ?  

Neuf personnes, soit 45%, ont répondu oui. « Si c’est la seule voie pour chasser le pouvoir en place et améliorer la qualité de nos vies, oui nous descendrions dans la rue » m’a dit un homme en chapeau bonjour-paris, le même que porte Tshisekedi. Une femme elle est allée jusqu’à dire « mieux vaut mourir en marchant que de continuer à vivre ainsi en rampant et en nous écorchant le ventre. Dès le 20 décembre c’est marche sur marche papa ! Carton rouge à Kabila ! »

Trois personnes (15%) ont dit ne pas voir la nécessité de marcher et de s’exposer pour des gens qui, une fois au pouvoir, ne se rappelleront plus de leurs préoccupations.

Huit personnes (soit 40%) sont restées dubitatives sur la question. Ce mercredi 19 octobre donc, au moins 35% des gens sont restés à la maison en respect pour l’appel du rassemblement. Et comme beaucoup de services dans cette ville sont interdépendants,  l’effet domino qui s’en est suivi explique la faible affluence de véhicules sur la chaussée, les dizaines de bus Transco au chômage et les supermarchés fermés toute la matinée. Le soir à la radio l’opposition a parlé d’une réussite. 

 

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Les commentaires récents (1)

  1. que représente une vingtaine des personnes par rapport à la population konoise??? Mauvais tirage de l’échantillon. D’où conclusions susceptibles d’être erronées ! ! ! !

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