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« Brisons le silence, parlons menstrues », le combat des femmes congolaises

Dans un pays où les questions sexuelles sont des sujets tabous, parler de sexe sans gêne passe pour un acte immoral dans la communauté. Ce silence conservateur imposé par des coutumes ancestrales cache beaucoup de peines et de souffrances que les femmes n’osent partager. Consciente de cette situation, bravant coutumes et tabous Iris Nzolantima a fait des problèmes liés aux menstruations et de la sexualité féminine un combat. 

« En visite au camp des réfugiés expulsés de Brazzaville, je remarque une femme handicapée  qui saigne sous les pieds. Le sang qui coule le long de ses pieds, nous laisse croire, moi et mes amis, qu’il s’agit d’une blessure, une grosse blessure. Prise de compassion, je m’approche d’elle. Celle-ci  me laisse entendre qu’il s’agit de ses périodes menstruelles », raconte Iris, en parlant de ses débuts dans ce combat.  Une autre fois, dit-elle, « de passage à N’sele (une commune de Kinshasa), les femmes m’apprennent que pendant leurs périodes menstruelles, elles creusent des trous dans le sable. Elles s’y assoient des heures entières, laissant ainsi couler leur sang de manière à ce que personne ne remarque, jusqu’à la fin de leur période. D’autres encore utilisent de vieux tissus de pagnes et couchent qu’elles mettent dans leurs parties génitales  jusqu’à la fin de leurs menstrues ». 

Apporter un soutien aux femmes en difficulté

Ici les menstrues peuvent avoir pour conséquence des carences nutritionnelles importantes chez les femmes les plus pauvres. Parfois les femmes subissent le rejet de leurs proches et de la communauté. Nzolantima se rend donc compte que les problèmes causés par les  menstrues sont biens plus importants qu’on pourrait le croire. Diplômée en relation publique en Afrique du Sud, elle décide de mettre de côté son bagage scientifique et de retourner s’installer au pays afin d’apporter un soutien à ces femmes en difficulté.

Elle crée « House of Irico » (la maison de la paix), une entreprise sociale dont le but est de distribuer des bandes hygiéniques gratuitement aux femmes démunies et d’éduquer les femmes sur la santé sexuelle. Sans se lasser, elle part à la rencontre de ces femmes à faibles revenus pour leur remettre des serviettes hygiéniques.  Un simple geste certes mais qui permet aujourd’hui à des centaines de femmes de protéger leur dignité.

Distribuer des serviettes hygiéniques pour la dignité

« Peu importe le lieu, dans les universités, les écoles ou les églises, les femmes ont besoin d’être informées et formées sur leur santé sexuelle car notre culture est assez fermée sur ces questions. Eduquer les femmes sur ces questions est donc un grand pas vers leur épanouissement et leur autonomisation », affirme Iris Nzonlantima.

Alors qu’elle a commencé seule, aujourd’hui elle a des centaines de femmes qui croient à son combat et qui veulent « briser le silence pour parler des menstrues », comme le dit sa campagne qui encourage le dialogue familial sur la santé sexuelle des femmes. Elle distribue alors, par mois et par campagne (la prochaine aura lieu le 25 novembre), des centaines de serviettes hygiéniques aux femmes des quartiers reculés de la capitale. Avec un simple financement personnel, il est claire que son combat semble être loin d’être gagné dans cette société où la santé les troubles menstruels ne préoccupent que peu les communautés.

« brisons le silence, parlons menstrues »

Il n’en demeure pas moins que pour elles toutes, l’implication personnelle du chef de l’Etat est plus qu’importante, en témoigne ces propos : « déléguer les ministres c’est bien, mais si le président s’implique personnellement à autonomiser la femme et à préserver sa dignité via la distribution gratuite de serviettes hygiéniques alors on pourrait parler de femmes congolaises épanouies ». Ainsi donc, brisons le silence, parlons menstrues.   

 

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