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Résolutions 1325 et 2250 : peut-on construire la paix sans garantir la sécurité des femmes et des jeunes ?

Vingt-six ans après l’adoption de la Résolution 1325 et plus de dix ans après celle de la Résolution 2250, une question demeure : comment garantir aux femmes et aux jeunes une participation réelle et sécurisée à la construction de la paix ? À l’heure où les espaces numériques occupent une place croissante dans nos sociétés, cette interrogation mérite une attention particulière.

Le 3 novembre 2026, à Goma, la commémoration du 26ᵉ anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies a rappelé le rôle des femmes comme actrices de paix et de transformation sociale. Les échanges, marqués notamment par le témoignage de Mme Immaculée Biraheka, présentée comme une pionnière du processus ayant conduit à l’adoption de cette résolution, ont remis en lumière l’importance de leur engagement et la nécessité de le poursuivre face aux défis actuels.

Mais il ne suffit plus d’affirmer que les femmes et les jeunes doivent participer à la construction de la paix. Encore faut-il qu’ils puissent peser sur les décisions, accéder aux espaces de pouvoir et exercer leur leadership sans intimidation ni représailles. Trop souvent, leur participation est valorisée dans les discours et les consultations, sans se traduire par une influence réelle. Il est donc temps de passer d’une participation symbolique à un véritable pouvoir d’agir.

Adoptée en 2015, la Résolution 2250 reconnaît le rôle des jeunes dans la prévention des conflits, la participation aux processus de paix et la consolidation de sociétés pacifiques. Mise en perspective avec la Résolution 1325, elle invite à considérer les femmes et les jeunes non comme de simples bénéficiaires ou groupes vulnérables, mais comme des partenaires dans la définition des priorités et la recherche de solutions. Une attention particulière doit être accordée aux jeunes femmes, qui peuvent subir simultanément des obstacles liés à leur âge, à leur genre et à leur situation sociale.

Cette participation suppose aussi de renforcer les liens entre les générations. L’expérience des femmes pionnières doit rencontrer l’engagement des jeunes générations dans des espaces de dialogue, de transmission et de collaboration. La promotion des masculinités positives, également évoquée lors de la commémoration, rappelle que la prévention des violences et la transformation des rapports sociaux nécessitent aussi l’engagement des hommes et des garçons.

La sécurité numérique, un enjeu pour la participation à la paix

Les espaces dans lesquels se construit aujourd’hui la participation citoyenne évoluent. Le numérique offre aux femmes et aux jeunes des possibilités d’information, d’expression, de mobilisation, d’alerte et de plaidoyer. Il leur permet de documenter des injustices et de créer des solidarités. Toutefois, ces opportunités coexistent avec le cyberharcèlement, les menaces, les discours haineux, les arnaques et la désinformation.

Dans les contextes de conflit, une rumeur amplifiée ou une campagne de dénigrement peut alimenter les tensions, fragiliser la cohésion sociale et pousser des personnes engagées à l’autocensure. Les violences numériques ne sont donc pas de simples incidents en ligne : elles peuvent compromettre la participation citoyenne et les efforts de construction de la paix.

La sécurité numérique doit ainsi être considérée comme une condition essentielle de la participation, et non comme une préoccupation uniquement technique. Le troisième Plan d’action national congolais de mise en œuvre de la Résolution 1325 comprend un cinquième axe consacré à la gestion des conflits émergents et à l’aide humanitaire. Ce cadre pourrait également servir à mieux prendre en compte les nouvelles formes de vulnérabilité qui apparaissent dans les environnements numériques.

Pour passer des engagements à l’action, les autorités nationales et provinciales doivent intégrer les risques numériques dans leurs stratégies de prévention et de protection, prévoir des ressources et associer effectivement les organisations féminines et les mouvements de jeunesse aux décisions.

Les organisations de la société civile et les médias doivent renforcer l’éducation aux médias, l’esprit critique, la sécurité numérique et les dispositifs confidentiels d’écoute et d’orientation des victimes. Les plateformes doivent rendre leurs mécanismes de signalement plus accessibles et traiter efficacement les abus. Les communautés, ainsi que les hommes et les garçons, doivent également contribuer à combattre les comportements qui réduisent les femmes et les jeunes au silence.

Les Résolutions 1325 et 2250 ne doivent pas rester des engagements célébrés lors de journées commémoratives. Leur mise en œuvre exige des moyens, des responsabilités et une participation effective aux décisions qui engagent l’avenir des communautés.

Nous ne pouvons prétendre construire une paix inclusive si celles et ceux qui portent des voix de changement doivent choisir entre leur engagement et leur sécurité.

 

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