Félix Tshisekedi, Président de la RDC
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Dialogue, oui. Négociation, non : jusqu’où tient la ligne de Félix Tshisekedi ?

L’annonce du discours présidentiel avait quelque chose de fracassant. On attendait une clarification, une ligne politique à la hauteur de la crise que traverse la République démocratique du Congo.

À l’arrivée, plusieurs interrogations demeurent. Car derrière les mots de fermeté et de souveraineté apparaissent des tensions entre les principes proclamés et les choix imposés par la réalité.

Dialogue, oui. Négociation, non. Mais où commence l’un et où s’arrête l’autre ?

« Des forces étrangères » : lesquelles ?

Le président dénonce la présence de forces étrangères sur le territoire congolais. Le Rwanda est régulièrement désigné par Kinshasa comme l’agresseur et le principal soutien du M23.

Mais des forces burundaises et ougandaises sont également présentes sur le territoire congolais, dans des cadres différents et avec l’accord des autorités de Kinshasa.

Ces présences ne peuvent évidemment pas être mises sur le même plan. Une armée présente avec le consentement de l’État congolais n’a pas le même statut qu’une force dont la présence est dénoncée comme une agression.

Mais une question demeure : quelle politique de souveraineté militaire la RDC veut-elle construire à long terme ? Une force étrangère reste étrangère, même lorsqu’elle intervient à la demande de l’État.

Les Wazalendo et l’après-guerre

Autre question : les Wazalendo.

Le pouvoir les présente comme des patriotes engagés dans la défense du territoire aux côtés des FARDC. Mais comment reconstruire durablement le monopole de la force publique lorsqu’une partie de la défense repose aussi sur des groupes armés d’autodéfense ?

Le véritable défi est peut-être celui de l’après-guerre : que deviendront ces groupes ? Comment seront-ils désarmés, démobilisés ou éventuellement intégrés ? Comment éviter que les armes mobilisées aujourd’hui pour défendre le territoire ne deviennent demain un autre problème de sécurité ?

Un État souverain doit pouvoir compter, à terme, sur ses propres institutions et forces de défense.

Doha : dialogue ou négociation ?

C’est probablement ici que la ligne présidentielle mérite le plus d’explications.

Félix Tshisekedi distingue le dialogue national interne des discussions avec l’AFC/M23. Le processus de Doha reste ainsi le cadre des discussions avec la rébellion autour notamment de la cessation des hostilités, du désengagement et du désarmement.

La distinction existe. Mais jusqu’où peut-on dialoguer avec un adversaire armé sans entrer, à un moment ou à un autre, dans une forme de négociation ?

Parler à un adversaire, c’est déjà accepter le principe du dialogue. Et lorsque l’on discute d’un cessez-le-feu, de désengagement ou de garanties, chaque partie cherche nécessairement à obtenir quelque chose de l’autre.

Ce n’est pas forcément une faiblesse. De nombreuses guerres finissent aussi autour d’une table. Mais il faut alors expliquer clairement aux Congolais ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas.

Si Kinshasa dialogue, qu’il assume le dialogue. Si certains sujets font l’objet de négociations, qu’il dise lesquels. Et si des lignes rouges existent, qu’elles soient clairement connues.

Ce qui fragilise la parole publique n’est pas le fait de parler avec un adversaire. C’est le décalage qui peut apparaître entre la fermeté du discours et les compromis qu’impose parfois la recherche de la paix.

La souveraineté commence aussi à l’intérieur

Le Rwanda reste un acteur majeur de la crise sécuritaire dans l’Est. Mais l’ennemi extérieur ne devrait pas devenir l’explication de toutes les faiblesses intérieures.

La corruption, les faiblesses de la gouvernance, les insuffisances institutionnelles, les difficultés de l’armée et la prolifération des groupes armés sont aussi des problèmes que le Congo doit affronter lui-même.

Un pays ne devient pas souverain simplement parce qu’il dénonce les ingérences étrangères. Il le devient aussi lorsqu’il possède des institutions solides, une armée capable de défendre son territoire et une politique nationale cohérente.

Le Congo n’a donc pas seulement besoin de discours de fermeté. Il a besoin de cohérence.

On peut dialoguer tout en fixant des lignes rouges. On peut rechercher des alliances militaires tout en préparant les moyens de s’en passer. On peut mobiliser les Wazalendo face à une urgence tout en préparant sérieusement l’après-guerre.

Mais ces choix doivent être expliqués et assumés.

La grandeur d’un État ne se mesure pas seulement à la fermeté de ses déclarations. Elle se mesure aussi à sa capacité à faire correspondre ses paroles, ses choix et ses actes.

 

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