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« Oui, je le veux » ? Madame la Ministre, moi, jeune Congolais, je dis : « Non, je ne le veux pas »

À l’occasion de la mobilisation du 12 août placée sous le slogan « Oui, je le veux », Collard Mush A Mukaz interpelle la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, sur les priorités de son action en faveur des jeunes Congolais. Emploi, formation, entrepreneuriat et participation citoyenne : dans cette lettre ouverte, il oppose aux appels à la mobilisation politique les attentes concrètes d’une jeunesse qui veut être entendue et accompagnée. Et au « Oui, je le veux » associé au débat sur le changement de la Constitution, il répond : « Non, je ne le veux pas. »

Madame la Ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino,

Je vous salue en passant.

Je suis un jeune conscient, qui a toujours été calme. Mais lorsque j’ai appris que vous appeliez les jeunes, le 12 août, à une marche avec comme slogan « Oui, je le veux », j’ai personnellement cru que vous aviez enfin décidé de remettre au centre de votre action l’une des missions essentielles de votre ministère : encadrer la jeunesse.

Mais en cherchant à comprendre davantage cette initiative, j’ai compris que ce « Oui, je le veux » s’inscrivait plutôt dans le débat autour du changement de la Constitution.

Alors, Madame la Ministre, permettez-moi de vous répondre, en tant que jeune Congolais : non, je ne le veux pas.

Mais mon « non » ne concerne pas seulement la Constitution. Il exprime aussi des interrogations sur les priorités accordées aujourd’hui à la jeunesse congolaise.

Oui à la jeunesse, mais pour quelles priorités ?

Ma question est simple : que fait concrètement notre Ministre de la Jeunesse pour la jeunesse ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un pays où les emplois sont rares pour les jeunes, où les opportunités professionnelles restent insuffisantes et où beaucoup de jeunes ont le sentiment d’être abandonnés à leur triste sort.

Dans les services de l’État, une importante proportion des postes serait encore occupée par des agents ayant atteint ou dépassé l’âge de la retraite, pendant que de nombreux jeunes diplômés peinent à accéder à leur premier emploi.

Au lieu de mobiliser prioritairement les jeunes autour d’un « Oui, je le veux », pourquoi ne pas porter aussi auprès du Gouvernement un plaidoyer fort en faveur d’un renouvellement progressif des effectifs de l’administration publique, dans le respect de la loi, afin d’ouvrir des possibilités d’emploi à la jeunesse ?

« Oui, je le veux » : oui, mais pour l’emploi des jeunes

Nous voulons une jeunesse qui travaille.

Nous voulons des politiques qui facilitent l’accès des jeunes à l’emploi et qui accompagnent ceux qui essaient de créer eux-mêmes des opportunités à travers les start-up et l’entrepreneuriat.

Or, certains jeunes entrepreneurs disent plutôt faire face à des contraintes qui fragilisent leurs initiatives.

Madame la Ministre, si l’on doit dire « Oui, je le veux », alors oui, nous voulons un environnement qui permette aux jeunes de créer des entreprises et des emplois.

« Oui, je le veux » : oui, mais pour la formation

Pourquoi ne pas lancer une étude permettant de connaître les besoins réels des jeunes et de mieux orienter les politiques publiques qui leur sont destinées ?

Avec les moyens disponibles, votre ministère pourrait, par exemple, créer ou renforcer des centres de formation.

Il pourrait également signer un partenariat avec l’INPP pour former, dans dix villes pilotes, au moins 50 jeunes par ville et par an, dans les métiers les plus recherchés selon les réalités économiques de chaque ville.

Voilà un « Oui, je le veux » auquel beaucoup de jeunes pourraient certainement s’identifier : oui à la formation, oui à l’emploi, oui à l’entrepreneuriat, oui aux opportunités.

Mais pour la Constitution : non, je ne le veux pas

Madame la Ministre,

La Constitution est l’affaire de tous les Congolais. Les jeunes ont donc le droit de participer au débat, de poser des questions et d’exprimer librement leur accord ou leur désaccord.

Mais la jeunesse congolaise est diverse. Elle ne peut pas être considérée comme un bloc homogène qui dirait nécessairement « oui ».

Elle ne doit pas non plus être confondue avec les fidèles d’une église, d’un parti ou de toute autre organisation où l’adhésion à une orientation donnée pourrait être présumée.

Si vous nous demandez : « Oui, je le veux ? », certains jeunes répondront oui. D’autres répondront non. C’est aussi cela, la démocratie.

Pour ma part, je sais ce que je voudrais pouvoir dire :

Oui, je le veux pour l’emploi des jeunes.

Oui, je le veux pour leur formation.

Oui, je le veux pour l’entrepreneuriat.

Oui, je le veux pour des opportunités professionnelles réelles.

Oui, je le veux pour une jeunesse écoutée et réellement encadrée.

Mais si « Oui, je le veux » signifie que, parce que je suis jeune, je dois nécessairement soutenir un changement de la Constitution, alors ma réponse est tout aussi claire : NON, JE NE LE VEUX PAS.

Collard MUSH A MUKAZ

 

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