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À Kinshasa les milliards, en provinces les prières

À moins d’une semaine de la rentrée parlementaire du 30 septembre, la grogne monte dans les assemblées provinciales de la République démocratique du Congo. Confrontés à plusieurs mois d’arriérés d’émoluments, des députés provinciaux préparent des actions de contestation et menacent notamment de boycotter l’ouverture de la session budgétaire.

Aucun ultimatum formel n’aurait, à ce stade, été officiellement notifié au gouvernement. Mais, selon des sources parlementaires, des collectifs d’élus provinciaux réclament le paiement urgent d’au moins deux mois d’arriérés avant la fin de la semaine. À défaut, ils envisagent de boycotter l’ouverture de la session budgétaire du 30 septembre.

Parmi les actions envisagées figure également un sit-in devant le Centre financier de Kinshasa. Objectif affiché : obtenir l’arbitrage direct du chef de l’État, Félix Tshisekedi.

Un passif financier qui s’étire sur deux gestions ministérielles

Le contentieux financier ne date pas d’hier. En avril 2026, les députés provinciaux réclamaient déjà le paiement de plusieurs mois d’arriérés d’émoluments.

Selon des sources parlementaires, cinq mois d’impayés se seraient déjà accumulés au début de la législature sous l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi. Sous son successeur, Doudou Fwamba Likunde, les paiements n’auraient pas retrouvé une régularité durable.

Au-delà du nombre de mois d’arriérés, les élus dénoncent surtout l’irrégularité des décaissements et l’absence de visibilité sur leur calendrier.

« Si un mois est payé aujourd’hui, la prochaine paie interviendra un mois et demi ou deux mois après », confie un député provincial sous couvert d’anonymat.

Selon les mêmes sources, les courriers adressés au ministère des Finances resteraient sans réponse précise et les décaissements n’interviendraient parfois qu’après des périodes de tension.

« Le rythme est tel que lorsque l’on hausse le ton, un mois est payé. […] Aucune raison ne nous est avancée à part nous faire attendre », témoigne le même élu.

Le problème dépasse d’ailleurs la seule question des émoluments. En juin 2026, les présidents des assemblées provinciales avaient saisi le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, au sujet des difficultés de trésorerie qui affectent le fonctionnement des institutions provinciales. Ils évoquaient notamment les arriérés de salaires et d’émoluments.

Des instructions présidentielles toujours attendues

La frustration des élus tient également à ce qu’ils présentent comme une différence de traitement entre institutions issues du même cycle électoral.

Alors que les députés nationaux et les sénateurs — ces derniers étant élus au suffrage indirect par les assemblées provinciales — seraient payés plus régulièrement, les députés provinciaux estiment être laissés en marge.

La question du financement des provinces avait été soulevée lors de la 13e Conférence des gouverneurs, organisée à Bandundu en mars 2026. Les gouverneurs avaient notamment dénoncé l’irrégularité de la rétrocession et réclamé la mise en place d’un mécanisme « rapide, automatique et prévisible ».

À la clôture de cette conférence, le chef de l’État avait lui-même insisté sur la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle dans les provinces, qu’il avait présentée comme une condition du développement.

D’où les interrogations formulées par les élus : pourquoi les instructions données au plus haut niveau ne produisent-elles pas les effets attendus ? Où se situe le blocage ?

Pour les députés concernés, l’enjeu dépasse désormais leur seule rémunération. L’irrégularité des paiements affecterait également le fonctionnement des assemblées provinciales et leur capacité à exercer normalement leurs prérogatives.

Une décentralisation à deux vitesses

Le mouvement de contestation ne devrait toutefois pas produire les mêmes effets dans les 26 provinces.

Selon les informations recueillies auprès des élus, certaines provinces disposant de recettes locales plus importantes seraient davantage en mesure d’atténuer les conséquences des retards provenant du pouvoir central. La situation serait différente dans les provinces disposant de moins de ressources propres et davantage dépendantes des transferts nationaux.

Dans ces dernières, un boycott de la rentrée parlementaire pourrait perturber le fonctionnement des assemblées, notamment l’examen des budgets provinciaux et le contrôle de l’action des gouvernements provinciaux.

Cette disparité renvoie à une fragilité plus générale de la décentralisation congolaise : la capacité des provinces à fonctionner reste fortement dépendante de la régularité des ressources mises à leur disposition.

Cette préoccupation avait précisément été portée à Bandundu. Les gouverneurs estimaient que l’irrégularité persistante de la rétrocession compromettait la planification budgétaire provinciale et affaiblissait l’efficacité de l’action publique locale.

La base contourne la COPAP et met la pression sur les bureaux

Face à ce qu’ils considèrent comme l’inefficacité des mécanismes institutionnels existants, des collectifs de députés provinciaux auraient choisi de contourner la Conférence des présidents des assemblées provinciales (COPAP).

Selon les sources parlementaires consultées, leur stratégie s’articulerait autour de trois actions : un sit-in devant le Centre financier de Kinshasa pour rendre leurs revendications visibles ; un boycott coordonné de l’ouverture de la session du 30 septembre dans les provinces où les arriérés sont les plus importants ; et des initiatives politiques internes pouvant aller jusqu’au dépôt de motions contre des présidents d’assemblées provinciales auxquels certains élus reprochent leur passivité dans la défense de leurs intérêts auprès du pouvoir central.

Cette dernière menace intervient dans un contexte institutionnel sensible. Parmi les 82 recommandations issues de la 13e Conférence des gouverneurs figure un moratoire sur les motions de défiance contre les gouverneurs, vice-gouverneurs et membres des bureaux des assemblées provinciales, sous certaines réserves liées notamment aux rapports des institutions de contrôle ou judiciaires.

Vendredi, première échéance

À quelques jours de la rentrée parlementaire, le compte à rebours est donc lancé.

Selon les informations recueillies auprès des élus, faute d’un signal financier du gouvernement d’ici vendredi, les collectifs de députés provinciaux pourraient passer de la revendication à l’action, avec un sit-in à Kinshasa et un éventuel boycott de la rentrée parlementaire dans plusieurs provinces.

Les informations sur la mobilisation actuellement envisagée sont également rapportées ce 24 septembre : les arriérés atteindraient entre dix et onze mois, tandis que le sit-in et le boycott du 30 septembre figureraient parmi les moyens de pression envisagés.

Au-delà des arriérés d’émoluments, c’est désormais la question de la prévisibilité du financement des institutions provinciales qui se retrouve au cœur du bras de fer.

À Kinshasa, les milliards se décident. En provinces, les élus attendent encore leur dû.

 

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