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Lettre à Madame la Ministre nationale de la Jeunesse : Non, je ne le veux pas

Madame la Ministre,

J’ai suivi avec une attention particulière votre allocution télévisée adressée à la jeunesse congolaise.

C’est en tant que jeune Congolais, né et grandi dans ce pays, ayant vécu dans sa chair et dans son âme les stigmates de la guerre, de la pauvreté et de la paupérisation de la jeunesse congolaise par les différents régimes, que je vous réponds. Je vous écris également par devoir citoyen, pour la préservation de l’intérêt général, la défense de la vérité, de l’intégrité territoriale et de la stabilité démocratique.

En effet, dans votre discours, vous appelez principalement à la mise en place d’une nouvelle Constitution, que vous qualifiez de « plus inclusive ». Vous laissez entendre qu’il s’agit d’une demande de la jeunesse congolaise, que vous affirmez avoir consultée dans les 26 provinces de la RDC.

Madame la Ministre,

Il me paraît important d’apporter à votre attention quelques précisions de forme et de fond.

Sur le plan de la forme, j’ai appris l’organisation de conférences-débats sur les réformes constitutionnelles dans quelques villes de notre pays, sous l’initiative du Conseil national de la jeunesse. À Kisangani, où je réside, j’ai été approché par le Conseil provincial de la jeunesse pour intervenir à l’une de ces rencontres. Je n’ai malheureusement pas pu y prendre part, me trouvant en mission professionnelle hors de la ville à la date prévue.

J’ai néanmoins suivi à distance ce débat, essentiellement citoyen, qui n’a nullement constitué une consultation de la jeunesse en vue de se prononcer sur un éventuel changement de Constitution. Présenter ces assises, qui, du reste, ne se sont pas tenues dans les 26 provinces du pays, notamment à Goma et à Bukavu, comme une consultation nationale vous affranchit non seulement de toute rigueur scientifique, mais interroge également votre attachement à la vérité, en tant que Pasteure.

Par ailleurs, une telle affirmation semble conforter l’hypothèse, de plus en plus répandue, d’une instrumentalisation du Conseil national de la jeunesse à des fins politiciennes. Une telle perception risquerait malheureusement d’entacher davantage l’image de cette institution, dont la capacité à promouvoir efficacement la jeunesse congolaise a souvent été remise en question.

Sur le fond, dans votre adresse à la jeunesse, vous évoquez parmi les raisons justifiant un changement de Constitution le fait qu’un seul article — l’article 42 — soit spécifiquement consacré à la jeunesse. À bien des égards, ce narratif entretient un mélange de demi-vérités, de déformations et de manipulations. En effet, au-delà de la protection générale prévue par l’article 42, plusieurs autres dispositions de notre Constitution visent à protéger, éduquer et intégrer la jeunesse. Je peux citer notamment l’article 43, qui garantit le droit à l’éducation ; l’article 34, qui protège les adolescents contre l’exploitation économique et sociale ; ainsi que l’article 5, qui ouvre l’accès à la vie publique aux jeunes dès leur majorité.

Au-delà de ces dispositions, la RDC est également signataire de la Charte africaine de la jeunesse ainsi que de la Convention relative aux droits de l’enfant. Avec un minimum de bonne foi, il apparaît donc que les difficultés auxquelles fait face la jeunesse congolaise ne résultent pas d’une insuffisance des textes. Elles sont plutôt la conséquence d’une gérontocratie entretenue au fil des années par des régimes prédateurs qui se sont succédé à la tête de notre pays.

Sur le plan de la légitimité, permettez-moi de vous rappeler, Madame la Ministre, que vous n’avez reçu aucun mandat électif pour représenter la jeunesse congolaise. En tant que membre du Gouvernement, votre légitimité institutionnelle découle d’une ordonnance présidentielle et, par conséquent, de la volonté du Président de la République. À ce titre, vous êtes habilitée à engager le Gouvernement dans votre secteur de compétence, mais non la jeunesse congolaise, qui ne vous a ni élue ni désignée pour la représenter.

Dans cette perspective, je comprends que vous puissiez vous inscrire dans une logique de défense du pouvoir qui vous a permis d’accéder à l’arène politique. Mais de grâce, Madame la Ministre Grâce, n’utilisez pas opportunément la jeunesse à cette fin.

Votre père, pour qui j’éprouve beaucoup d’estime et de respect, tant pour son engagement évangélique que pour sa conscience citoyenne, a marqué la nation par son courage prophétique. Vous êtes libre de suivre son exemple ou d’emprunter une autre voie. Mais, dans tous les cas, je vous prie, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de le faire avec responsabilité.

Je vous invite donc à dépolitiser le ministère de la Jeunesse en le désengageant de l’initiative politicienne de la marche annoncée pour le 12 août 2026. Vous pouvez faire parvenir vos opinions personnelles au Président de la République par les voies institutionnelles appropriées, notamment lors du Conseil des ministres.

Même dans cette perspective, je vous invite à faire preuve de beaucoup de prudence, au risque d’engager la nation congolaise dans une démarche aux conséquences potentiellement destructrices, alors qu’une vaste partie de notre territoire demeure sous occupation de la rébellion AFC-M23. Je ne suis pas certain que vous souhaitiez porter la responsabilité d’avoir contribué, même indirectement, à la balkanisation de notre pays.

Ainsi, Madame la Ministre, je vous prie de croire à l’expression de mes sentiments patriotiques.

Fait à Kisangani, le 3 août 2026

Jedidia Mabela

Jeune Congolais

 

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