Crédit photo: Patient Rwamigabo
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À Goma, la culture reprend vie sous occupation

Lorsque les premières notes résonnent dans la cour du Foyer culturel de Goma, la foule se rapproche de la scène. Un microphone grésille. Un artiste s’avance, sourit et lance : « Bonjour, Goma ! » Pendant quelques instants, les angoisses de la ville semblent s’effacer.

Plus d’un an après la prise de contrôle de Goma par l’AFC/M23, la vie culturelle de la ville tente de retrouver son souffle. Concerts, soirées de slam et représentations théâtrales réapparaissent dans une ville où l’actualité reste dominée par la guerre, les déplacements et l’incertitude.

Rien ne ressemble encore à un retour à la normale. Mais pour les artistes et le public, remonter sur scène est déjà une manière de reprendre possession d’un quotidien bouleversé.

Au Sanaa Weekend, l’artiste Cavendic dit ainsi avoir retrouvé un sentiment d’apaisement et voit dans la reprise de cette activité une nouvelle opportunité pour les jeunes talents.

Reprendre la scène malgré les contraintes

Le retour des spectacles reste fragile. Le financement s’est tari, les déplacements sont devenus plus difficiles et les organisateurs doivent composer avec les contraintes sécuritaires et les limites de la liberté d’expression. Les événements sont souvent programmés en journée et les artistes savent que certains sujets peuvent être dangereux à aborder directement.

Pourtant, les initiatives reprennent. Le 25 juillet dernier, le Sanaa Weekend réunissait au Foyer culturel de Goma de jeunes talents et des artistes confirmés autour de la musique, du rap et du slam. Le lendemain, la compagnie Les Attaquants Théâtre présentait le spectacle « VOUS » au centre culturel Carrefour des Arts Vivants.

Sur scène, Jenny Paria a interprété deux morceaux de son album Jibu (« réponse » en kiswahili), qui aborde notamment l’identité et le retour aux racines. Pour l’artiste, retrouver la scène principale du Foyer culturel plus d’un an après l’occupation de Goma montre que la culture continue d’exister malgré la crise.

Pour Magic Pinokio, chanteur et coach vocal, cette possibilité de se produire à nouveau ressemble à une renaissance. Après une longue période durant laquelle les artistes pouvaient difficilement se produire ou publier de nouveaux travaux, retrouver le public signifie aussi retrouver un espace d’expression.

Le musicien Don Bul voit également dans cette reprise culturelle une source de bien-être et un moyen de préserver l’équilibre psychosocial de la communauté. Une dimension particulièrement personnelle pour cet artiste, qui raconte avoir été kidnappé avec trois autres artistes à la sortie d’un tournage avant d’être libéré après le paiement d’une rançon.

Parler sans pouvoir tout dire

À Goma, le slam occupe une place particulière. Depuis plus d’une décennie, cette poésie performative permet de parler de la guerre, de l’injustice et des droits humains, mais aussi de l’amour, de l’humour et du quotidien.

Après plusieurs mois d’interruption, des ateliers et des soirées de slam ont repris. Pour Marcel Puzzle, slameur de Bukavu, ces rencontres permettent notamment au public de se détendre et de se déconnecter momentanément de ses préoccupations.

Mais l’expression artistique est désormais traversée par la peur.

« Aujourd’hui, nous nous censurons nous-mêmes. Parfois, même parler de ce qui se passe dans votre propre quartier est devenu difficile », témoigne le slameur Basubi wa Basubi. « Nous utilisons des procédés stylistiques dans notre écriture pour survivre. »

La métaphore devient ainsi une forme de protection. Les artistes continuent de parler, mais choisissent davantage leurs mots, leurs images et leurs silences.

La pièce « VOUS », présentée au Carrefour des Arts Vivants, illustre cette manière de questionner le pouvoir sans nécessairement le nommer. À travers des métaphores touchant à la société congolaise, à la religion, aux coutumes, à l’histoire coloniale et à la vie politique, les comédiens interrogent la responsabilité des dirigeants et la souffrance des citoyens ordinaires.

« À Goma, cette performance est un acte de résistance. C’est une façon de dire que nous existons toujours », explique Sylvain Kasereka, auteur et metteur en scène de la pièce.

Une reprise encore fragile

Cette renaissance reste cependant précaire.

« Nous avions l’habitude de recevoir le soutien de partenaires internationaux, mais depuis la guerre, ce soutien a cessé », explique Augustin Mosange, directeur du Foyer culturel de Goma.

L’équipement est limité, les rémunérations parfois symboliques et les artistes doivent souvent financer eux-mêmes leurs projets.

Cette volonté de continuer malgré tout traverse également la musique. Lors du Sanaa Weekend, Aiglon Makasi a interprété Never Give Up, une chanson par laquelle il invite le public à ne pas perdre espoir face aux difficultés.

C’est peut-être là que se trouve l’essentiel de cette reprise. À Goma, l’art ne prétend pas mettre fin à la guerre. Il offre quelque chose de plus modeste, mais profondément nécessaire : un lieu où les gens peuvent se rencontrer, écouter, rire, réfléchir et, pendant quelques heures, redevenir une communauté.

Dans une ville où la guerre a fragmenté les liens sociaux, les artistes reconstruisent aussi des espaces de confiance. Leurs scènes sont petites, leurs ressources limitées et leurs mots parfois prudents. Mais ils sont de retour.

Et lorsque la musique commence, que les slameurs prennent le micro ou que les comédiens entrent en scène, Goma se raconte autrement. Non seulement comme une ville sous tension, mais comme une ville qui, malgré tout, cherche encore à vivre.

 

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