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Album « Bwinja » : quand Christiana Tabaro encense le superlatif

La sortie du tout premier album de Christiana Tabaro suscite quelques critiques. Pour beaucoup, il s’agit d’un revirement artistique qu’aurait opéré l’artiste connue comme une femme de théâtre, actrice ou auteure. Alors, comment comprendre la démarche artistique de Christiana Tabaro à travers son album « Bwinja » ?

Par son travail, la native de Kananga vivant et travaillant à Kinshasa, montre la flexibilité qui est la sienne de s’adapter, épouser différentes formes d’expression artistique pour proposer son esthétique.  Pour quiconque la connait, sa démarche est simple : questionner, décoder, transcender toutes les dimensions de sa vie pour expérimenter, imaginer, créer, innover, faire vivre sa pratique. On pourrait même dire que Tabaro fait de sa propre vie une œuvre d’art !

Pour preuve, il a suffi en 2018, au service zambien d’immigration de l’interpeller pour dépassement de délai de visa, pour que soient posés les jalons de « overstaying ». Une pièce de théâtre née de la collaboration entre le Modzi arts de Julia Taonga et le collectif d’Art-d’Art qu’elle codirige avec Michael Disanka, son mari. Au travers de cette œuvre, l’artiste se venge du traitement subi et en profite pour questionner la pertinence même des frontières entre pays aux richesses artistiques et culturelles immenses, comme la Zambie et la République démocratique du Congo.

Avec un peu d’attention, on constate l’indissociabilité entre la vie et la pratique de l’art par l’artiste qui se nourrit constamment d’événements de sa propre vie pour créer. L’album éponyme sorti le 31 décembre 2021, jour du premier anniversaire de naissance de Bwinja, son fils qu’elle encense sur chacun des six morceaux qui le composent, renforce cette thèse. C’est donc un secret de  polichinelle : l’ouvrage s’inspire des moments de mère et du rapport qu’entretient l’artiste avec son bébé !

« Bwinja » l’enfant et « Bwinja » l’ode au superlatif

« Bwinja » c’est avant tout, le prénom original que Tabaro donne à son fils. Il n’a pas de traduction en français, mais pourrait signifier dans la langue maternelle de l’artiste, « le merveilleux », « le superlatif ». Ainsi, l’album « Bwinja » résonne comme un moyen d’encenser le fils et de partager le bonheur d’une mère, dans un pays en proie à des guerres avec leur effet d’amplifier les peines des femmes, surtout celles victimes de viol et de violences de tout genre. Cherche-t-elle au travers de sa musique, à remonter le moral des mères défavorisées, abandonnées, qui sombrent dans la dépression à cause de la maternité ? Faites-vous votre propre opinion en écoutant l’album !

Dans « Bwinja Wanyi » (Mon cher Bwinja, NDLR), un son inspiré du « Mutuashi » de la célèbre Tshala Muana, son construit à l’usure d’instruments traditionnels, Tabaro fait littéralement un « kasala » pour son fils. Il s’agit d’un chant poétique destiné à provoquer des sentiments et induire des comportements, comme le pratiquent les Luba du Kasaï. Ainsi, on peut l’entendre dire avec amour, à Bwinja : « C’est la nuit, il faut que tu t’endormes » ou encore « c’est le matin, il te faut prendre ta bouillie, téter et jouer. »

En publiant cet album, l’artiste n’a pas fait de revirement artistique. Elle a juste intelligemment combiné la malléabilité dont elle se sert pour user de la musique comme elle sait le faire avec d’autres disciplines artistiques, pour produire un travail esthétique, travail qui questionne la relation mère-enfant. En cela, elle n’a fait que ce qu’elle sait faire : de l’art, de l’art contemporain !

 

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