Des enfants sur le boulevard du 30 juin , tiennent un commerce de pains, en l'absence de leur maman, Kinshasa 2019, @Habari RDC
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Et si on arrêtait d’acheter les produits vendus par les enfants ?

Des enfants qui font du commerce jusque tard le soir, vous en verrez partout en République démocratique du Congo. Malgré plusieurs campagnes de sensibilisation, et des articles de dénonciation sur les médias, certains parents continuent d’exploiter leurs enfants en les poussant à faire du business pour ramener de l’argent à la maison.

Il est 21 heures passées ce soir là, quand 2 gosses entrent dans la buvette où je prends ma bière. L’un porte un plateau d’œufs, l’autre un plateau d’arachides et plusieurs variétés de noix, dont certaines sont considérées comme des aphrodisiaques. Je suis fan d’arachide et de noix de cola. Mais avant d’acheter, je regarde le vendeur : un garçon d’à peine 13 ans. Je lui pose la question :

  • Qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure ?
  • Boss, me répond-il, tu ne vois pas que je travaille ?

J’ai donc décidé de ne pas acheter de ses produits. Je me suis dit que ce serait un acte d’encouragement des violations des droits de ces innocents.

Quand dénoncer ne suffit plus, il faut agir !

Ça ne sert à rien de dénoncer quand personne ne vous écoute. Il faut plutôt passer à l’acte. Bien des enfants sont obligés de travailler dur, certains de rater l’école car ils doivent travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ce sujet est traité dans une vingtaine de blogs sur Habari RDC.  Je demande que chacun fasse un geste comme moi : ne plus acheter de produits vendus par un enfant quand cela nuit à ses droits.

C’est vrai qu’à ce niveau-là, il se pose un dilemme : ne pas acheter c’est dire que cet enfant ne va pas manger, ou pire, cela condamne toute sa famille à mourir de faim. C’est aussi un risque pour l’enfant qui pourrait être réprimandé par ses parents qui l’ont envoyé vendre dans la rue. Mais je pense qu’acheter ses produits c’est encourager son travail d’esclave qui va à l’encontre de ses droits. Acheter, c’est dire à ceux qui l’exploitent que l’enfant est un bon outil gratuit de travail, car il n’est pas payé. Acheter c’est condamner son avenir car il n’ira jamais à l’école tant qu’il sera exploité ainsi. Je me dis qu’au lieu de tout simplement dénoncer, il faut agir.

Il y a de la manipulation

Certains parents sont conscients qu’un enfant fera pitié. Ainsi, on pourra acheter beaucoup plus si c’est lui le vendeur. Beaucoup de gens sont tentés de croire qu’acheter auprès de cet enfant soulagerait sa souffrance. C’est faux, bien au contraire, car c’est un signe d’un bon business pour son patron. Plusieurs parmi nous Congolais, nous nous limitons à nous plaindre. Nous indexons l’Etat qui ne protège pas les enfants, car les tuteurs de ces enfants devaient être interpellés à la police et s’ils sont des orphelins, l’Etat devrait s’en charger.

Mais du moment que l’Etat ne fait pas ce qu’il faut, en digne citoyen, il faut poser le geste qu’il faut : c’est-à-dire ne pas acheter pour ne pas  se rendre coupable ou complice de l’infraction de non-assistance à personne en danger.

 

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