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Bundu Dia Kongo : tuile sécuritaire ou aubaine politicienne ?

A qui profitent les crimes ? Entre dédramatisation et catastrophisme, les acteurs politiques se positionnent, après les accès de violences contre les commissariats, les prisons, les parquets et autres marchés. Jamais sans arrière-pensée…

Les Congolais pourraient emprunter les slogans des Maliens qui ironisent sur l’expression « insécurité résiduelle », formule destinée à minimiser officiellement les accès de violence non maîtrisés par leurs autorités. En République démocratique du Congo comme ailleurs, les chantres du pouvoir ne manquent jamais de talents rhétoriques, ni de méthode Coué, pour sous-estimer les brutalités perpétrées ici ou là. Sauf quand le catastrophisme devient un instrument au service de ceux qui sont assis sur le trône.

Le PPRD veut l’état d’urgence

Le week-end dernier, après des semaines à découvrir les traces d’actes barbares perpétrés à l’extérieur de la capitale, c’est notamment à cause de violences dans Kinshasa que Patrick Nkanga réclame l’état d’urgence. Le président de la Ligue des jeunes du parti présidentiel, le PPRD, propose le recours aux dispositions de l’article 144 de la Constitution. Qualifiée de danger « terroriste », la menace ciblée par ce conseiller à la présidence de la République est celle du mouvement Bundu Dia Kongo (BDK), ce mouvement mystico-politique qui entend promouvoir les intérêts du peuple kongo. Le 14 juillet, en pleine journée, le marché central de Kinshasa subit une agression d’une quinzaine d’individus aux fronts et poignets cernés de rubans rouges, signe distinctif de la « secte ». Deux personnes sont tuées.

Bundu Dia Kongo terrorise le régime

Quelques jours auparavant, le 29 juin, c’est le commissariat du district de la Funa qui était pris pour cible par des assaillants se réclamant de Bundu Dia Kongo. Un policier était grièvement blessé et une dizaine de détenus prenait la poudre d’escampette. Dans la nuit du 9 au 10 juin, c’est une policière qui était tuée dans l’attaque du parquet de Matete.

Les assauts contre les maisons carcérales, eux, semblent devenir monnaie courante. Le 17 mai, l’un d’entre eux, dans la plus grande prison de Kinshasa, Makala, avait permis au chef de la secte Bundu Dia Kongo de s’évader. Le député Ne Muanda Nsemi y était détenu pour avoir appelé à l’insurrection contre Joseph Kabila. Quelques jours après son évasion, le gourou lançait, sur les réseaux sociaux, un ultimatum au président de la RDC qu’il considère «de nationalité rwandaise».

Kabila a jusqu’au 7 août pour lui obéir. Dans le cas contraire, la “secte” entend appliquer la loi divine qui dit : « Œil pour œil, dent pour dent. »

Une mise à l’écart de l’opposition non violente ?

Exclu de ce bras de fer Kabila-Ne Muanda Nsemi, le reste de l’opposition craint que le PPRD ne manipule l’opinion avec l’état d’urgence. D’abord, si l’habit ne fait pas le moine, le bandeau rouge fait-il le sectaire ? Certains considèrent que les assaillants sont probablement des brigands, voire des miliciens d’obédience « Ne Kongo ». Selon certains opposants, après avoir minimisé certaines violences, le régime pourrait instrumentaliser –voire entretenir– une certaine insécurité pour mieux restreindre les libertés. Objectif final ? Repousser encore et encore les élections.

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