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Butembo : des milices privées comme bases électorales

A Butembo, dans la province du Nord-Kivu, de nombreux candidats créent des milices et les utilisent comme marchepieds pour se faire élire. Très souvent, les méthodes de ces milices sont empreintes de violence. Décryptage.

Tu veux te faire élire à Butembo ? Crée une milice ! Et même quand tu es déjà au « pouvoir », alimente ta milice. Trouve la stratégie qui te convient. Dans ce billet, je vous présente quatre milices privées qui jouent plus ou moins ouvertement dans l’arène politique. Je vous dis aussi pour qui roulent ces milices.

      1. Parlement debout de Furu

Cette milice aurait plus de 60 ans d’existence. Elle est située dans le nord de la ville, à Furu, dans la commune de Vulamba. Ses membres les plus influents ont, dans un passé récent, décidé de faire la politique quand le pays organisait les premières élections. Crispin Mbindule Mitono s’est présenté en 2006. Raté ! Il n’a pas été élu.

En 2011, toute la machine « Parlement debout de Furu » se met en marche dans une sorte de « socialisme » local. De nombreux habitants de Furu mettent la main à la poche et Furu obtient son député national : Crispin Mbindule Mitono. Mais très vite, les espoirs seront déçus, Mbindule n’aurait pas tenu ses « engagements » envers ses compères. La division pointe son bout de nez.

Aujourd’hui, Mbindule Mitono et Léon Tsongo (Tsongo dirigeait la campagne de Mbindule aux élections de 2018), sont deux candidats députés nationaux qui se présentent comme « leaders » de Furu.

      2. Veranda Mutsanga

Quand les jeunes membres du Parlement debout de Furu grandissent, ils se marient et vont s’installer hors de leur Furu natal. C’est le cas de Tembos Yotama qui s’était installé à Mutsanga dans la commune de Bulengera. Mbindule s’est fait élire député national en 2011, et son petit-frère Mbenze Yotama était son premier suppléant, en même temps candidat député provincial. Les élections provinciales n’ont pas eu lieu en 2011.

Les dissensions surviennent au sein du Parlement debout de Furu, Tembos crée la Véranda Mutsanga. Resté à Furu, son petit-frère essaiera de faire de la résistance avec d’autres personnes en créant ce qu’ils ont nommé « Ambassade debout de Furu ». Mais c’est grâce à la machine Véranda Mutsanga que les deux frères se feront élire députés en 2019 : Tembos comme député national et Mbenze député provincial. Aujourd’hui, à Furu, la Véranda tente de se recréer une base avec « Furu révolution ».

      3. Jeunes patriotes de Butembo

La milice Véranda a été créé dans la commune que dirigeait le jeune bourgmestre Omer Kiza. Ce dernier croupit aujourd’hui en prison où il purge une peine de 14 ans pour viol sur une fille mineure. Avant d’aller en prison, il avait créé sa propre milice : les JPB, (Jeunes patriotes de Butembo). Ceux-ci se sont établis à Mutiri, le quartier dans lequel se trouve la résidence du bourgmestre.

Aux élections de 2018-2019, leur leader en prison ne pouvait présenter sa candidature. C’est alors que le secrétaire général de son groupe s’est lancé dans la course électorale. Mais le prisonnier avait choisi de « vendre » son électorat à un autre candidat, qui se fera élire député provincial.

Cette année 2023, le violeur et le secrétaire général de son groupe sont sur les starting blocks : le prisonnier candidat à la députation nationale et son lieutenant à la députation provinciale.

      4. Mouvement antigang

C’est le dernier-né des milices. Il est l’œuvre de quelques anciens de la Véranda Mutsanga. D’ailleurs, ils se disputent le leadership du rond-point MDD (Mouvement de dépenses et de désordre, que la Véranda Mutsanga avait incorporé lors de sa création il y a une dizaine d’années). C’est à quelques encablures de ce rond-point que se trouve le siège de Véranda Mutsanga.

Contrairement aux trois autres milices, le Mouvement antigang s’efforce de soutenir les initiatives des autorités étatiques. Normal, puisque leur leader est l’ancien maire de Butembo, Sylvain Mbusa Kanyamanda. Le mouvement ayant été créé quand il dirigeait la ville. Cet avocat est aujourd’hui candidat à la députation provinciale pour la ville de Butembo.

Ce qui caractérise ces quatre groupes ? La violence, comme mode opératoire. En effet, il arrive que des factions de ces milices se battent les unes contre les autres. Avec, parfois des armes blanches. Comme en 2020 quand il y a eu au moins six blessés. L’un des blessés avait reçu un coup de couteau en plein ventre. Ce sont, comme le dit le chercheur Jules Villa, des « professionnels du désordre et des violences ».

 

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