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Dégage ! Tu n’es pas originaire, la phrase à l’origine des conflits en RDC

En RDC, nous assistons à des conflits fonciers souvent inutiles. Les gens se disputant telle ou telle autre portion de terre, au nom de la tribu ou de l’ethnie. Et ces conflits engendrent des guerres, des affrontements, des morts et des blessés. L’un dit : c’est la terre de mes ancêtres, l’autre dit la même chose, et on s’entretue.

Le 11 septembre 2019, 5 personnes ont été tuées et 86 maisons incendiées lors d’une dispute entre enfants d’un même clan autour d’un champ dans la chefferie de Bakwa Kalonji au Kasaï-Oriental. De tels conflits on en enregistre presque partout dans le pays.  Dans notre province, parmi les conflits fonciers et tribaux récurrents, il y a celui de bena Nshimba, bena Mwembia et bena Kapuya. Une petite dispute au sujet d’une petite plantation de manioc pouvait faire beaucoup de victimes. Nous souhaitons que l’accalmie actuelle perdure.

Un autre conflit c’est celui qui oppose souvent les deux Kasaï ancienne formule sur leurs limites territoriales. Ce qui me désole c’est qu’on se querelle parfois pour des terres qu’on n’exploite même pas et qui ne sont même pas habitées. On se contente de dire : voilà, c’est notre terre. Elle commence par ici et se termine par-là ! La rivière qui est là nous appartient…

N’entreprends rien ici, car tu n’es pas originaire

Récemment j’étais au Rwanda. J’ai parcouru la route Kigali-Gisenyi en aller-retour en voiture. J’étais émerveillé de voir que de part et d’autre il y a des plantations même sur les collines : thé, café, bananeraie, pomme de terre… Mais chez nous, j’ai fait des centaines de kilomètres dans certaines provinces et je ne voyais que des brousses. Osez venir cultiver sur ces endroits inexploités et vous verrez quelqu’un surgir et vous dire : « Monsieur, dégage ! C’est la terre de ma tribu. » Je me souviens d’un ami qui voulait commencer un projet d’élevage dans un village dont il n’était pas originaire. Je vous épargne de mentionner le nom de cette contrée, mais c’est au Kasaï-Oriental. Un des vieux du village lui a dit sèchement : « Jeune homme, si tu veux rester en vie, abandonne ton projet. On n’en a pas besoin ici ! » Pourtant, ce village, qui manque de tout, aurait pu tirer profit de ce projet. L’ami est parti delà, de peur de perdre sa vie.  

Aujourd’hui c’est ridicule de déplorer la crise alimentaire au Kasaï alors que c’est nous-mêmes qui négligeons l’agriculture et l’élevage. La terre est réservée à des conflits au lieu de l’agriculture. La mesure de maïs coûte aujourd’hui très cher : entre 4500 à 5000 francs congolais (environ 3$) dans une province bourrée de potentialités agricoles. On préfère importer ce qu’on peut produire localement. Honte à nous ! La terre est devenue un bien intouchable de votre tribu, votre clan, etc. Mais qu’est-ce que vous en faites ? Est-ce que vous la mettez en valeur, votre terre ?

S’entasser pour se combattre

Quand je prends mon vol pour voyager d’une province à une autre et que nous survolons le Congo, on peut contempler la beauté du pays. De vastes étendues de terres arables qui s’étalent à perte de vue. Mais les populations sont concentrées sur de tout petits espaces et se combattent alors qu’elles sont entourées de milliers de kilomètres de brousses non exploitées. Si bien qu’un étranger m’a dit un jour : « Chez vous au Congo, la terre meurt de vieillesse ! » Pour dire que notre terre n’est pas utilisée. En lieu et place d’être cultivées, nos brousses sont occupées par des groupes armés. Finalement chez nous il y a la guerre de tout : guerre de minerais, de forêt, de faune et de flore, et la guerre de terres.

Je pense que l’heure est venue de mettre en valeur notre terre pour qu’elle nourrisse et assure le bien-être de ses habitants. Arrêtons de nous entretuer pour des brousses, il y a de la place pour tout le monde au Congo.

 

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