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Déni de justice dans l’affaire des prisonnières victimes de viols à Lubumbashi (1)

Je n’avais jamais pensé à rédiger ce blog. Jusqu’au jour où, en écoutant les médias de Lubumbashi, j’apprends cette nouvelle qui m’a fait sursauter : une association des femmes, principalement des journalistes, a levé des fonds pour couvrir le transport des personnes accusées de viol. L’État n’avait pas d’argent ? Vous avez bien compris. Installez-vous, je vous explique. On y va ?

D’abord, je sais que le système judiciaire congolais est souvent plus proche de l’injustice que de la vraie justice. Mais, je n’avais aucune idée de l’ampleur de cette injustice. Tenez ! Cela fait une année depuis les viols massifs que plusieurs prisonnières ont subis en septembre 2020 à la prison de Kasapa. Le dossier n’a jamais progressé. C’est un déni de justice. Si non, c’est quoi alors ?

Un viol, c’est une infraction grave : qu’on soit juge, officier de police ou simple mortel, on devrait en tenir compte. Mais comment comprendre qu’une année après, on parle encore des préliminaires d’un procès jamais organisé ?

De viols massifs dans une prison

J’ai lu de nombreuses publications des médias en ligne pour me ressourcer davantage sur ce dossier. J’ai aussi discuté avec des défenseurs des droits humains, et des journalistes très proches du dossier. Le résultat est sans appel : la justice a carrément négligé le dossier.

D’abord, le discours que tient le procureur lorsqu’il reçoit l’argent des associations en faveur des victimes est un aveu d’un mal consommé et bien assumé. Il promet que cet argent qu’il reçoit des femmes mobilisées va servir à organiser le déplacement des personnes accusées de viol de la prison vers le tribunal.

Vous voyez ? C’était donc là le motif ? Il manquait d’argent à la justice pour organiser le procès ! On sait que les parquets agissent au nom de l’État, peut-on considérer que l’Etat manque d’argent pour ça ?

Notez déjà que dans cette affaire, treize femmes violées sont tombées enceintes. Leurs enfants ne connaîtront probablement pas leurs pères. Plus grave, trois parmi elles ont contracté le VIH.

Destruction des preuves

Au lendemain de ce dépôt des cotisations, il s’est passé un autre acte de négligence. Alors que les présumés violeurs sont attendus pour qu’enfin démarre le procès, tout s’arrête net. Comme dans un film ! Et ce procès ne peut pas démarrer puisqu’on apprend que les concernés n’ont même pas été dûment saisis. Vous riez ? Moi non, je suis sérieux. Je dis la vérité.

Cela veut dire, en clair, que le procureur n’a jamais pris l’affaire au sérieux. Sinon, comment expliquer que lui qui poursuit les infracteurs parvienne à un tel résultat ? Dans l’entrefaite, j’ai appris aussi que le procureur a eu du mal à mener l’instruction. Il n’a pas pu faire la réquisition des médecins en vue de recueillir les preuves. C’est-à-dire, pour constater qu’il y a eu réellement viol. Rien n’a été fait …

Une année plus tard, figurez-vous, il sera difficile de prouver ce viol collectif par des moyens physiques. Je ne suis pas juriste, mais il me semble qu’on a effacé des preuves. N’est-ce pas qu’un procureur vous arrêterait si vous osiez faire ça ?

Cette histoire est fort décevante. Je prends une pause, et je promets de revenir dans la seconde partie pour vous dire les implications que j’en tire.

 

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