Dans ma communauté, je remarque souvent que les personnes ne se comprennent pas toujours. Une simple différence d’opinion, d’origine, de religion ou de manière de penser peut parfois créer des tensions. Au Nord-Kivu, cette réalité est encore plus sensible, car les divisions entre communautés peuvent être renforcées par des discours tribaux, notamment sur les réseaux sociaux.
J’ai déjà été témoin de discussions entre jeunes où une simple différence d’opinion a progressivement pris une dimension communautaire. Au départ, chacun défendait simplement son point de vue. Mais, au fur et à mesure des commentaires, certaines personnes ont commencé à généraliser et à parler négativement de toute une communauté. Des paroles qui semblaient être de simples réactions ont alors créé de la colère et de la méfiance entre les participants.
Cette situation m’a fait comprendre que nos paroles peuvent soit rapprocher les personnes, soit créer davantage de divisions.
Cette expérience m’a également montré que le tribalisme ne commence pas toujours par de grands conflits. Il peut commencer par une petite phrase, une plaisanterie, un commentaire ou une publication qui rabaisse l’autre à cause de son origine. Lorsque ces paroles sont répétées et partagées, elles peuvent finir par créer de la méfiance entre des personnes qui, pourtant, pourraient vivre ensemble et se respecter.
Pourtant, vivre ensemble ne signifie pas être tous pareils. Nous pouvons avoir des opinions différentes et continuer à nous respecter. La paix commence lorsque nous comprenons que la différence n’est pas une menace.
Et si la paix commençait par le respect de l’autre ?
Pour moi, la paix serait possible si chacun faisait un effort pour écouter avant de juger, parler sans insulter et accepter que les autres puissent penser différemment. Respecter quelqu’un ne signifie pas forcément être d’accord avec lui. Cela signifie reconnaître sa dignité malgré nos différences.
Une communauté en paix, c’est une communauté où une personne peut donner son opinion sans avoir peur d’être rejetée à cause de son origine ou de son appartenance communautaire. C’est aussi un endroit où les jeunes peuvent se rencontrer, discuter de leurs problèmes et chercher ensemble des solutions.
Je pense particulièrement que les jeunes ont un rôle important à jouer. Sur les réseaux sociaux comme dans nos échanges quotidiens, nous avons le choix entre des paroles qui rapprochent et celles qui divisent. Avant de répondre à quelqu’un par la colère ou de partager une publication qui attaque une communauté, nous pouvons prendre quelques secondes pour réfléchir.
Parfois, ne pas partager un message blessant est déjà une manière de contribuer à la paix.
La paix ne doit pas être seulement un mot que nous prononçons lors des journées internationales. Elle doit se voir dans notre comportement quotidien : dans nos paroles, nos publications, nos rencontres et notre manière de traiter les autres.
Je crois que nous pouvons changer notre communauté en commençant par de petites actions. Écouter attentivement, respecter une opinion différente, éviter les propos tribaux, reconnaître ses erreurs, demander pardon, dialoguer au lieu d’insulter : ces gestes peuvent sembler simples, mais ils peuvent avoir un grand impact.
Au Nord-Kivu, nous avons besoin de moins de méfiance et de plus de respect. Nous avons besoin de jeunes capables de regarder au-delà de leur communauté et de comprendre que la différence d’origine ne doit pas être une raison de se détester.
Nous pouvons être différents et choisir malgré tout de vivre ensemble.
La paix ne commence pas chez les autres. Elle commence avec chacun de nous. Respectons nos différences, refusons la haine et construisons ensemble une communauté où chacun a sa place.
