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Et si la paix commençait par nos clics ?

Nos publications, commentaires et partages ne restent pas toujours derrière nos écrans. Ils peuvent attiser les tensions comme contribuer à les apaiser. Et si notre manière d’utiliser les espaces numériques faisait, elle aussi, partie de la construction de la paix ?

Il y a quelque temps, j’ai été témoin d’une situation qui m’a fait comprendre à quel point un conflit peut changer de dimension lorsqu’il arrive sur les plateformes numériques.

Au départ, les tensions existaient surtout en coulisses. Des désaccords s’installaient entre des personnes, puis les conversations privées ont commencé à se transformer en publications, commentaires et messages partagés sur les réseaux sociaux. Ce qui semblait être un différend entre quelques personnes s’est progressivement exposé au regard de milliers d’internautes.

Les prises de position se sont multipliées. Les accusations ont circulé. Des personnes ont commencé à être publiquement désignées, attaquées et menacées. À mesure que les publications étaient partagées, la tension ne restait plus seulement virtuelle : certaines menaces ont pris une dimension réelle et des personnes se sont retrouvées emprisonnées.

Cette situation m’a particulièrement marquée. Derrière un téléphone, un commentaire peut sembler n’être que quelques mots, une publication une simple opinion et un partage un geste anodin. Pourtant, lorsqu’ils alimentent la peur, la haine ou la méfiance, ces gestes peuvent aggraver une situation déjà fragile.

Ce que j’ai observé n’est donc pas simplement un problème de comportement sur Internet. C’est aussi une question de paix et de cohésion sociale.

Quand nos écrans prolongent les conflits

Les réseaux sociaux permettent à une tension de se propager rapidement. Une accusation publiée dans un groupe peut atteindre des centaines de personnes en quelques minutes. Une rumeur peut être reprise sans vérification et une personne publiquement stigmatisée peut devenir la cible de menaces ou de représailles.

Au Nord-Kivu, dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions, les discours de haine et les récits qui opposent les groupes peuvent fragiliser davantage la confiance entre les communautés.

Le problème n’est pas que les gens expriment leurs opinions en ligne. Il commence lorsque le désaccord se transforme en intimidation, en stigmatisation, en menace ou en appel à la violence.

Un clic peut amplifier une rumeur ou donner de la visibilité à un discours discriminatoire. Mais il peut aussi contribuer à construire autre chose.

Et si nos clics servaient aussi la paix ?

Pour moi, la paix serait possible si nous apprenions à utiliser nos espaces numériques sans transformer nos désaccords en conflits.

La paix numérique ne signifie pas que nous devons tous penser de la même manière. Elle signifie que nous pouvons débattre et même être profondément en désaccord sans menacer, humilier ou déshumaniser l’autre.

Si cette paix devenait réelle dans nos espaces numériques, un désaccord pourrait rester un débat sans devenir une campagne contre une personne. Des jeunes pourraient vérifier une information avant de la partager, reconnaître les contenus qui cherchent à opposer les communautés et refuser d’en devenir les relais. La parole pourrait davantage servir à expliquer, questionner et dialoguer plutôt qu’à provoquer la peur.

C’est aussi cela, construire la paix à l’ère numérique.

Nos clics comptent

Cette responsabilité commence par chacun de nous. Avant de partager, nous pouvons vérifier. Devant un contenu haineux, nous pouvons décider de ne pas l’amplifier. Face à une opinion différente, nous pouvons répondre sans humilier celui qui la porte.

Les médias et les créateurs de contenus peuvent produire des récits qui rapprochent plutôt que renforcer les préjugés. Les universités, les établissements éducatifs et les organisations de la société civile peuvent renforcer l’éducation aux médias et aider les jeunes à utiliser les technologies comme des outils de dialogue et de cohésion sociale.

Les autorités et les plateformes numériques ont également un rôle à jouer dans la prévention des menaces et des violences qui se prolongent dans l’espace numérique, dans le respect des droits humains et de la liberté d’expression.

À notre niveau, cette paix se joue donc aussi dans ce que nous choisissons de faire avec nos téléphones.

Parce qu’un conflit peut commencer dans les coulisses, se propager sur un écran et finir par toucher des vies bien réelles. Mais l’inverse est aussi possible : un clic peut éviter d’amplifier une rumeur, un mot peut apaiser une tension et une publication peut rapprocher au lieu de diviser.

Et si, finalement, construire la paix commençait par la manière dont nous utilisons nos téléphones ?

 

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