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Sofepadi : quand les femmes de l’Ituri s’engagent contre les violences sexuelles

Au cœur de la ville de Bunia, une ONG œuvre depuis 18 ans contre le viol, ce crime devenu arme de guerre des milices dans la région des Grands Lacs. Cette ONG s’appelle Solidarité féminine pour la paix et le développement intégrale (Sofepadi). Nous sommes allés à la rencontre de ces femmes courageuses qui en sont membres. Elles nous racontent leurs parcours.

Les exactions dont sont victimes les femmes de l’Est et la culture de l’impunité croissante ont motivé les animatrices de la radio communautaire appelée Candip/ISP Bunia (Centre d’animation et de diffusion pédagogique) à créer Sofepadi. Objectif : répondre aux questions de promotion et de défense des droits de la femme et de l’enfant, mais aussi impliquer la femme dans la recherche de la paix, principalement en Ituri.

Cette ONG est le résultat du combat des femmes ituriennes et celles de l’est de la RDC qui ont été des victimes et aujourd’hui apportent leur aide pour construire un environnement de paix. Maman Alice, conseillère de terrain de Sofepadi/Bunia témoigne que grâce à Sofepadi, elle a vu plusieurs femmes reprendre confiance en elles-mêmes. Sur le terrain, elle sensibilise les femmes sur les questions de violences et ramène les victimes vers le centre.

Madame Julienne en train d’échanger avec des femmes d’une église à Bunia.

L’ONG Sofepadi a son siège à Bunia et des bureaux de représentation à Beni et à Kinshasa. Elle prodigue des soins dans sa clinique Karibuni wa Mama, ouverte depuis 2010 dans la province de l’Ituri. Elle compte à ce jour 42 agents. Parmi eux, 32 femmes et 10 hommes aux compétences diversifiées. L’équipe est composée de juristes, de sociologues, de psychologues, de techniciens en développement rural et d’un personnel médical.

L’équipe de Sofepadi et du Fonds pour les femmes congolaises en train de distribuer les vivres aux déplacés.

Les violences sexuelles touchent également les jeunes filles. Désanges Shukuru est l’une d’entre elles. Elle a été victime de violences sexuelles il y a quelques années. Une de ses voisines en contact avec Sofepadi l’a vite conduite au centre Karibuni wa Mama. Désanges Shukuru raconte : « Alors que j’étais chez ma grande sœur, des voleurs sont entrés dans la maison. L’un d’entre eux est entré dans ma chambre, m’a déshabillée et m’a violée. Notre voisine m’a emmenée à Sofepadi qui m’a apporté des soins de santé. Aujourd’hui Sofepadi s’occupe même de payer mes frais scolaires. »

 Une jeune fille devant la pharmacie du centre Karibuni wa Mama pour recevoir des médicaments.

Le centre Karibuni Wa Mama

Karibuni est un centre que Sofepadi a hérité de MSF Suisse. Après un accompagnement de trois ans par ce partenaire, il a fallu se prendre en charge. Grâce à la mobilisation des ressources, le centre s’est doté de nouveaux bâtiments, mais les moyens pour bien fonctionner restent difficiles à réunir. Karibuni wa Mama œuvre pour une prise en charge dans leur globalité des femmes et des filles survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre. À Bunia, c’est l’unique centre qui offre également le service de la santé de reproduction aux femmes victimes des violences sexuelles.

L’entrée du centre Karibuni wa Mama.

La mobilisation des ressources : un casse-tête

S’agissant de la mobilisation des ressources, le Fonds pour les femmes congolaises, a donc vu le jour en 2007, initiative des femmes de Sofepadi. Julienne Lusenge, présidente de cette ONG explique : « Lorsque nous avons commencé Sofepadi, après quelques années nous pouvions mobiliser les ressources pour venir en aide aux victimes des conflits. Mais les organisations locales avec lesquelles nous travaillons n’étaient pas en mesure de mobiliser les fonds. Nous avons donc initié le Fonds pour les femmes congolaises (FFC) qui est une structure qui mobilise les ressources pour donner des subventions  aux organisations mais aussi renforcer leurs capacités et construire le mouvement des femmes à partir de la base. Nous avons commencé avec entre 3000 et 5000$ jusqu’à atteindre 14 000$ dans 3 provinces puis 8. Aujourd’hui c’est difficile de s’adapter aux 26 provinces. »

Depuis sa création, le Fonds pour les femmes congolaises a subventionné plus de 200 projets des organisations qui ont un ancrage dans les communautés. Le FFC travaille pour changer la situation. Avec le peu de ressources qu’elle octroie aux organisations, ces dernières arrivent à changer les mœurs, les comportements et luttent effectivement contre les violences faites aux femmes.

L’équipe de Sofepadi distribue des vivres au camp.

Préparer la jeunesse pour la relève

L’équipe de Sofepadi multiplie des rencontres et formations avec les jeunes en vue de préparer la relève. Elle estime qu’il est important de partager les informations avec eux, d’identifier les jeunes qui s’engagent pour les droits des femmes ou qui travaillent déjà dans ce domaine pour apporter un changement. Sofepadi essaie aussi d’attirer dans sa lutte, ceux et celles qui ne se sont pas encore engagés.

« Si les droits des femmes ne sont pas reconnus, si les femmes n’ont pas leur place dans ce pays malgré leurs diplômes, elles vont souffrir. C’est pourquoi nous voulons qu’elles soient informées de leurs droits et qu’elles les revendiquent pour vivre dans de bonnes conditions », argumente Julienne Lusenge.

Sofepadi souhaite construire à Kinshasa une clinique comme celle de Karibuni wa Mama. Elle entend aussi aller plus loin et partout où elle peut apporter son expertise dans la lutte contre les violences faites aux femmes, mais aussi dans la restauration de la paix.

 


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