Firmin Yangambi, un condamné qui a refusé de s’évader de la prison de Makala

Avocat membre du Conseil de l’ordre du Barreau de Kisangani et président de l’ONG d’appui aux victimes de la guerre « Paix sur terre », Firmin Yangambi est en prison depuis 2009. En 2013, il est condamné à 20 ans de prison pour « détention illégale d’armes et tentative d’organisation d’un mouvement insurrectionnel ».

Alors qu’il avait la possibilité de quitter la prison lors des évasions de Makala, Firmin Yangambi a préféré rester dans sa cellule. Près de la moitié de prisonniers s’est fait la belle le 17 mai dernier. Dans une interview exclusive accordée au blogueur Fiston Mahamba, le prisonnier Firmin Yangambi revient sur le déroulement de l’attaque de la prison centrale de Makala. Il parle également de sa condamnation, de sa lutte pour la défense des droits de l’Homme, et des conditions carcérales dans cette prison.

Habari RDC: Maître Firmin Yangambi, qu’avez-vous vu ce 17 mai lors de l’attaque de la prison de Makala où vous êtes détenu ?

Firmin Yangambi: L’attaque de Makala a débuté vers 2 heures du matin et a pris fin aux environs de 5 heures et demi. Les assaillants ont réussi à neutraliser très facilement le bataillon de police commis à la garde. Ils étaient une cinquantaine et la plupart ne portaient pas d’armes de guerre. Seule une dizaine d’entre eux avait des armes individuelles de petit calibre.

Aucun prisonnier n’est mort pendant l’attaque dans l’enceinte de la prison. Mais on a déploré au moins 4 policiers abattus. Les renforts de l’armée congolaise ne sont arrivés que vers 5 heures 45 minutes. Imaginez que même les femmes et de nombreux malades ont pu quitté la prison.

Les assaillants vous ont-ils demandé de quitter la prison ?

Ils m’ont demandé avec insistance de sortir de ma cellule pour m’évader, mais j’ai refusé. Un leader ne s’évade pas du terrain opérationnel tant que le combat n’est pas fini. Je le répète : j’ai décidé de participer à l’alternative citoyenne de gouvernance pour le bien-être de notre peuple. Je dois terminer proprement cette mission. J’ai une terre et une patrie, c’est la RDC.

Le pays est en guerre contre un régime barbare et déshumanisant. Je ne peux pas m’enfuir à l’étranger et abandonner des millions de Congolais ordinaires qui combattent pour l’avènement d’une société saine et humaine.

Plusieurs organisations de défense de droits humains dont la Cour africaine de justice ont toujours exigé votre libération. Pourquoi êtes-vous resté en prison le jour de l’évasion ?

Je suis un citoyen condamné sur base de fausses accusations de tentative de renversement du régime par la force. Quoi que bénéficiaire de la loi d’amnistie de 2014, je suis retenu arbitrairement en prison, tel un otage. J’apporte depuis des années ma modeste contribution à l’avènement d’un État de droit en RDC pour une société de justice, d’égalité et de bien-être. Je ne peux donc pas m’évader et abandonner cette lutte. Si je suis resté en prison, c’est pour envoyer deux messages clairs, à savoir : « La force doit rester du côté du droit ; ensuite, la lutte pour libérer notre peuple du régime de Joseph Kabila, lutte que nous avons commencée au prix de multiples sacrifices, nous devons l’achever proprement. »

Pensez-vous que ce refus de quitter la prison par évasion pourrait être vu comme un signe de votre bonne conduite, ce qui pourrait peut-être pousser l’administration carcérale à  alléger votre peine ?

Je n’attends aucune clémence du pouvoir. Je suis un homme libre qu’il persécute en me gardant comme otage en prison. Mon éducation n’admet pas qu’une victime cherche à plaire à ses bourreaux.

Comment décrivez-vous les conditions de vie dans la prison centrale de Makala ?

Nos conditions sont tout simplement déplorables et inhumaines. Sous-alimentation et malnutrition, surpopulation de plus de 500 %, soins de santé déficients, des morts au quotidien, tracasseries des autorités pénitentiaires… Bref, c’est l’enfer à la prison de Makala !

Avez-vous un message à adresser aux prisonniers qui se sont évadés ?

Franchement, je suis content pour tous ces citoyens qui ont vécu une prison indigne de l’homme. Si seulement ils pouvaient grossir les rangs de ceux qui luttent contre l’injustice en RDC, ce serait une bonne chose. Je sais qu’il y a bien des personnes haut placées dans notre société qui méritent la prison pour des crimes beaucoup plus graves que les délits mineurs pour lesquels plusieurs évadés ont croupi dans ce mouroir de Makala.

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7 réflexions sur “ Firmin Yangambi, un condamné qui a refusé de s’évader de la prison de Makala ”

  1. un jour nous allons finir avec kabile et ce disciple je dirai que cette evasion elle purement politique. il y a un agenda cache pour le regime en place.

  2. le temps de l’enfer tend a sa fin. courage Firmin. MANDELA a passe des longues annee en prison, il y etait sortit vainqueur. la verite triophera toujours.

  3. Mr Tu Est Leader. Mais Comme L’occasion S’est Présenté Tu Dévrait D’abord Profite. Puis Tu Retournerais Quand Cette Mauvaise Regime Politique De Ces Crimineles Termirait. Mais Qu’à Célà Ne Tiennent, Un Jour Tu Quittera Là Dans Bonne Condition. Que Dieu Te Garde

  4. Merci Maître Firmin YANGAMBI , vos paroles redynamise notre lutte en RDC  »
    « La force doit rester du côté du droit ; ensuite, la lutte pour libérer notre peuple du régime de Joseph Kabila, lutte que nous avons commencée au prix de multiples sacrifices, nous devons l’achever proprement. »