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Chapelle Kabangu, le jeune créateur d’une application qui recense les violences sexuelles

Agé de 27 ans et ingénieur en informatique, Chapelle Kabangu a créé une application qui permet de recenser les cas de violences sexuelles. Sa technologie est déjà utilisée par des ONG internationales. Le jeune homme est également le représentant de Google pour le grand Kasaï. Notre blogueuse Vanessa Nkongolo l’a rencontré pour comprendre le fonctionnement de son logiciel. 

Habari RDC: comment s’appelle ton logiciel ?

Chapelle Kabangu : mon logiciel s’appelle G-Havi. C’est un acronyme qui signifie « garçon à haut avenir intellectuel ».

 

Capture d’écran du logiciel G-Havi

Qu’est-ce qui t’a inspiré à créer ce logiciel ?

C’est lorsque j’ai vu la guerre de Kamuina Nsapu. Il y avait trop de violences sexuelles. Alors, je me suis demandé comment les recenser, car le recensement sur papier est un peu onéreux. Et comme le monde évolue vers le système « zéro papier », je me suis dit que je pouvais créer une application Android qui puisse aider à mieux faire les statistiques. Les gens descendent sur le terrain, recensent les violences sexuelles et les transcrivent directement dans la banque de données. Ainsi, on peut croiser ces données pour dire par exemple que dans un lieu X à un moment Y, il y a eu telle ou telle autre violence sexuelle.

Comment le logiciel G-Havi fonctionne-t-il ?

G-Havi est simple à utiliser. Je l’ai conçu en deux versions : l’une online et l’autre offline. La version 1.0 est offline et 2.0 online. La première, quand vous l’ouvrez, on vous demande si vous avez un compte ou pas. Car l’application a un système d’authentification de l’utilisateur. Si vous n’avez pas un compte sur ce logiciel, vous allez en créer un en mettant votre adresse mail, votre nom et le mot de passe. Ensuite, vous vous connectez avec ces informations-là. Une fois le compte créé, un interface s’affiche et vous présente trois boutons. Un pour enregistrer les données, un deuxième vous permet de voir la liste des victimes, et un troisième pour exporter les données. Les informations sur la victime sont introduites dans le logiciel de la manière suivante : nom, date de naissance, lieu du viol, noms des parents, type de violence, type du violeur et observation personnelle de l’enquêteur. Puis vous enregistrez. Juste après l’enregistrement, la page se rafraîchit, et vous pouvez enregistrer une deuxième, une troisième, bref autant de victimes que vous voulez. Ne vous en faites pas, l’application ne pèse que 3,6 mégabits et les données ne sont qu’en kilobits.

Comment avoir les données de terrain le plus vite possible ?

Quelqu’un est par exemple en territoire de Dimbelenge où à Kabeya Kamuanga où une violence a eu lieu. Devons-nous attendre une semaine pour avoir les données ? Non. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de créer la version online de l’application. Internet est presque partout où il y a une antenne de télécom. G-Havi online fonctionne. L’application peut se connecter au niveau GPS jusqu’à la 4G. Dès que l’enquêteur appuie sur « enregistrer », nous recevons les données dans le serveur central.

L’autre avantage de G-Havi online c’est la documentation incorporée. Elle permet à l’enquêteur d’expliquer à la victime et à la population le bien-fondé de la dénonciation des violences sexuelles. Et aussi les notifications qui rappellent à l’enquêteur ce qu’il doit faire. Cependant, avec les deux versions de l’application, vous ne pouvez pas prendre des images, c’est pour respecter l’intimité et la dignité humaine.

Depuis la création de ce logiciel, combien de cas de violences sexuelles as-tu déjà enregistrés ?

La première version de l’application a été  créée en octobre 2017. Nous avons enregistré plus de 1000 cas de violences sexuelles juste pour le dernier trimestre de 2017. À l’époque, les violences sexuelles liées au conflit Kamuina Nsapu étaient encore fraiches. Mais au fur et à mesure que nous avançons, les violences ne sont plus liées à la guerre mais aux mœurs. Il y a beaucoup de cas liés à la pédophilie. En tout, grâce aux données collectées offline et online, nous avons enregistré entre 2500 et 3000 victimes de violences sexuelles dans le grand Kasaï.

Les données de votre application sont elles utilisées par les ONG et les médias ?

Nous avons signé un acte de confidentialité, nos données sont utilisées seulement par les ONG qui en font la demande. Souvent  ActionnAid  les utilise, UNHCR également. Les enquêteurs sont des personnes qui vivent dans la communauté. Par moment, elles peuvent enregistrer une victime d’un viol d’il y a deux ans ou des choses comme ça. Quand il y a incohérence, nous préférons que les données passent d’abord par la centrale qui est l’ONU, et les médias après.

Vous recensez les données sur quelle partie de la République ?

L’application est programmée pour les Kasaï-Oriental et Kasaï-Central.

Comment êtes-vous parvenu à entrer en contact avec Actionaid, le HCR et les autres ?

C’est une aventure, c’était une offre que j’avais lue et j’ai postulé. On m’a demandé de proposer un projet, nous étions nombreux dans la course, et moi j’ai apporté une solution simple et pratique pour recenser des cas des violences sexuelles, c’est comme ça que j’ai gagné le marché.

 

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Les commentaires récents (24)

  1. toutes mes félicitations à toi monsieur Chapelle, nous sommes fières de toi mon frère!
    depuis l’université tu te démarquer! !!!
    my congras brother!

  2. Congratulations dear Kabangu Chapelle, glory to God for the great useful work that you have done for our dear country.

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