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Les gilets jaunes de Tshisekedi

Tout comme Emmanuel Macron en France, Félix Tshisekedi a eu droit à ses gilets jaunes qui se sont tous manifestés quelques jours seulement après son investiture. Tout comme en France, cette mobilisation se propageait comme une épidémie en RDC. D’abord une société de transport, puis celle des assurances, puis de la poste jusqu’aux medias privés et récemment les employés des magasins tenus par les ressortissants indiens, pakistanais et libanais. Même les policiers n’ont pas hésité à revendiquer leurs soldes en se mutinant.

Mais pourquoi avoir attendu des dizaines de mois et d’années après pour réclamer des arriérés de salaire ?

Fonctionnaires de la société nationale des assurances de RDC, manifestent contre la gestion de leur Directeur général dont ils réclament 50 mois de salaires impayés. Kinshasa, 2019

« Je sais quand je commence le boulot mais jamais quand je finirai »

La loi sur le travail est le maître-mot que tous utilisent pour revendiquer leurs droits. Ces revendications portent tant sur la rémunération (et toutes ses composantes non respectées), que sur le temps de travail, les conditions de travail et des arriérés de salaire. D’autres dénoncent la mauvaise gestion des administrateurs, etc…  « Je suis fatigué d’être payé 5500 FC journaliers. Aussi, l’heure du début de travail est connue mais pas lcelle de la fin », déclare Junior, journalier d’un magasin à Pompage, un quartier de la commune Ngaliema à Kinshasa.

 

Au siège de Télé50, une télévision privée de Kinshasa, des journalistes manifestent contre leur employeur Jean Marie Kasamba. Ils réclament plusieurs mois d’arriés de salaires. Kinshasa, 2019.

D’autres travailleurs revendiquent purement et simplement le départ immédiat de leurs administrateurs qu’ils disent considérer comme des ‘’mercenaires’’. J’ai vu des manifestants exhibant des cercueils vides pour exprimer leur ras-le-bol avec de message « RIP DG, nous ne t’oublierons pas même si tu nous laisses 50 mois impayés ».  C’est autant dire les relations moins sûres entretenues dans plusieurs entreprises et services publics.

Mais il y a pire : certaines entreprises étatiques sont carrément devenues des sources de financement des partis politiques des directeurs généraux. « Les sociétés de l’Etat sont devenues une marmite des partis politiques. Des vraies vaches à lait, d’où ils viennent puiser les frais de fonctionnement de leurs mouvements politiques », avance un manifestant rencontré au Centre-ville de Kinshasa.

Les grèves sont-elles vraiment que de l’ère Tshisekedi ?

On pourrait penser que les grévistes se sont tous donné le mot d’ordre de réclamer de meilleures conditions de travail à la venue de Félix Tshisekedi au pouvoir. Car cette venue est perçue comme un espoir, une nouvelle ère. Mais penser cela comme absolu serait se tromper. Il y avait bel et bien des mouvements de grève même sous le règne de Joseph Kabila. Souvenez-vous, les enseignants n’ont jamais cessé de revendiquer leurs droits acquis selon l’accord de Mbudi pendant le règne de Kabila.

A la société nationale des postes et télécommunications, des fonctionnaires en deuil pour dénoncer plusieurs mois de salaires impayés. Kinshasa, 2019

Les agents de la fonction publique aussi manifestaient habituellement pour revendiquer de meilleures conditions salariales. La seule différence c’est que personne n’était là pour écouter les plaintes des employés, et il n’y avait personne pour inquiéter les  responsables. L’impunité les couvrait. Mais avec Félix, des sanctions ont commencé à tomber.

Ainsi, contrairement aux gilets jaunes Français qui veulent jusqu’au départ de Emmanuel Macron, ceux du Congo voient plutôt une lueur d’espoir en leur nouveau président. Pourvu qu’ils aient raison, le temps nous le dira.

Des agents de la société de postes et télécommunications dénoncent plusieurs mois d’arriérés de salaires.

 

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