Dans l’imaginaire collectif congolais, nourrir un enfant reste avant tout une responsabilité maternelle. La cuisine, le choix des repas, l’allaitement et même le suivi de la croissance des enfants sont souvent perçus comme un domaine réservé aux femmes. Pourtant, les pères ont un rôle déterminant à jouer dans la nutrition des tout-petits.
L’implication des hommes pourrait bien être l’un des leviers oubliés pour combattre la malnutrition qui touche encore des millions d’enfants en RDC. À Goma, Patrick Aganze, jeune père de 28 ans, ne cache pas sa fierté lorsqu’il raconte comment il s’occupe de ses deux filles âgées respectivement de 24 et 7 mois. « J’ai grandi en pensant que la cuisine était réservée aux femmes. Mais quand j’ai compris que la santé de mes enfants dépendait aussi de moi, j’ai décidé de m’impliquer. Aujourd’hui je sais comment préparer de la bouillie enrichie en vitamine pour mes filles. Désormais, je peux les nourrir même en l’absence de leur mère », témoigne-t-il.
Petit-à-petit, les mentalités changent
Le cas de Patrick Aganze illustre un changement encore timide mais porteur. Car, dans beaucoup de familles congolaises, la nutrition reste considérée comme une affaire exclusivement féminine. Cantonnés dans leur rôle de « pourvoyeurs financiers », les pères se privent ainsi de moments essentiels dans la croissance et le développement de leurs enfants.
Selon les statistiques, la malnutrition chronique touche plus de 41% d’enfants de moins de 5 ans en RDC. Concrètement, cela signifie qu’un enfant sur trois souffre d’un retard de croissance, avec des conséquences sur ses capacités cognitives, sa scolarité et, plus tard, son avenir d’adulte. Les causes sont multiples : pauvreté, manque d’accès aux aliments riches en nutriments, crises humanitaires récurrentes, mais aussi un facteur social souvent négligé : la faible implication des hommes. Lorsque seules les mères portent la charge de la nutrition, elles se retrouvent débordées et isolées, alors que l’engagement des pères pourrait alléger ce fardeau et améliorer la santé des enfants.
Des obstacles érigés par les traditions
Beaucoup d’hommes hésitent à franchir le pas, freinés par les traditions. Dans certains villages, un père qui prépare un repas pour son bébé est perçu comme « efféminé » ou « dominé » par sa femme. Ces stéréotypes enferment les familles dans un modèle où l’homme se contente de travailler à l’extérieur, tandis que la femme doit tout assumer à l’intérieur, au détriment du bien-être des enfants.
Encourager l’implication des pères dans l’alimentation infantile demande du courage pour bousculer les normes sociales, mais aussi de la volonté politique pour intégrer les hommes dans les programmes de nutrition et de santé. Chaque geste compte. C’est par exemple : apprendre à préparer un repas équilibré, participer aux visites médicales, ou simplement encourager l’enfant à manger.
