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Karmapa convoqué : la musique n’adoucit pas les mœurs

Le 25 septembre, l’interprète de la chanson « Mama Yemo » répondait à la justice. Est-il un héros lanceur d’alerte ou un traître à la cause sanitaire ?

« Si je tombe malade, ne m’emmenez pas à Mama Yemo », l’hôpital sans « courant » où l’on peut « voir des rats, des chats » et où l’on risque de se voir administrer de la « quinine fabriquée peut-être à base de farine de manioc ». Dans un titre dont un extrait a été mis en ligne début avril, Kibinda Pembele Jean-Jacques alias Karmapa n’y va pas avec le dos du stéthoscope. Le « Prince de la rumba » y est en duo avec Sam Mangwana, ancien de l’Ok Jazz qui a la légitimité d’être né dans l’hôpital incriminé.

Accusé de ternir l’image de l’hôpital

Karmapa venait de perdre son frère et souhaitait plaider pour l’amélioration des conditions d’accueil dans cet établissement présenté comme l’Hôpital général de référence de Kinshasa. Mais tout le monde n’a pas prisé cette pierre musicale à l’édifice du débat sanitaire…

La chanson « Mama Yemo » a été interdite de diffusion dans les médias et l’artiste convoqué au parquet, le 25 septembre dernier, pour avoir « terni l’image de l’hôpital ».

Dès la sortie de l’extrait du titre, le responsable de l’hôpital avait prévenu qu’il allait porter plainte. Dans les réseaux sociaux et quelques médias ; des soignants de ce centre de santé dénoncent une stigmatisation d’un corps médical qui travaille « dans des conditions difficiles » et dans un hôpital qui a le mérite d’accueillir «  tout le monde sans discrimination et les indigents ».

Plusieurs voix soutiennent Karmapa

Des internautes considèrent que le « musicien nécessite des éloges et non des intimidations et surtout pas des poursuites judiciaires ».

Alors dénigrement ou critique constructive ?

Karmapa annonce sa ligne de défense à qui veut l’entendre : la « satire », ce genre journalistique qui sous-entend la combinaison d’un contenu éditorial sérieux et d’un décalage humoristique. Le long clip de 10 minutes, mis en ligne le 23 septembre, semble offrir cet attelage : dialogues glaçants et images choquantes cohabitent avec des scènes burlesques où des seringues, dignes des purges de liquide de freins, abordent le postérieur d’un patient paniqué. En prime, comme c’est souvent le cas dans l’œuvre de l’artiste aux thèmes poignants, des danses sensuelles se déploient –ici en blouses de médecin–, déhanchements qui dérident habituellement les plus grognons.

Mais si les plus grognons des soignants ne se laissent pas attendrir, c’est sans doute parce que la vidéo ne met pas en scène qu’un manque de moyens, mais aussi une corruption des services pharmaceutiques…

L’artiste n’est pas le premier, en Afrique, à critiquer le manque d’engagement de dirigeants qui sous-évaluent les budgets de la santé, tandis qu’ils consultent à l’étranger pour le moindre furoncle ou la moindre coloscopie. Quant à l’hôpital Mama Yemo, il avait également suscité, en 2018, un traitement journalistique des Observateurs de la chaîne France 24 interpellés par l’état pitoyable de sa morgue.

Espérons que la chanson fera davantage réfléchir que sévir et que la polémique n’handicape pas l’album « Prédateur » de l’héritier de Rochereau.

 

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