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« Kit de survie » des enfants de rue à Goma

Mener une vie dans la rue est un enfer. En plus du froid la nuit à Goma, des centaines d’enfants âgés de moins de 15 ans doivent faire face quotidiennement, aux multiples dangers de leur « monde ». À 13 ans seulement, le jeune Ibrahim a développé son propre mode de survie dans la rue.

Depuis plusieurs années, les villes de l’est de la RDC, notamment des deux Kivu, continuent à subir les conséquences des guerres et des rébellions. À Goma, le phénomène « enfant de rue » en pleine expansion, est l’une des conséquences de ces différentes guerres. Beaucoup d’enfants innocents ont perdu leurs parents dès leur bas âge, durant les troubles.

La situation s’aggrave de jour en jour en raison de l’inexistence d’une véritable politique sociale de prise en charge des enfants de rue. Entre temps, ces tout petits, victimes de l’injustice sociale, vivent leur « enfer ». Et sous nos yeux, ils deviennent de petits « rebelles » qui vivotent au lieu de vivre. Ils dorment dans les caniveaux ou sur les places des marchés publics. Le petit Ibrahim, s’est adapté, malgré tout, grâce à son « kit de survie ».

Toujours appartenir à un gang

« Dans la rue, la bande dont tu es membre, c’est ta nouvelle famille. Elle te protège et t’apporte dans la mesure du possible ce que tu désires. On en a tellement besoin. Surtout quand on n’a plus de famille biologique », raconte Ibrahim cigarette aux lèvres. Quelques membres de son groupe dans une ruelle du quartier Murara l’encouragent. En effet, vivre en groupe dans la rue vaut mieux qu’être seul. Ibrahim a bien compris cela. Malgré son jeune âge, il n’a jamais connu ses parents.  

« La rue n’a point d’enfants » disent les gens, mais elle a une éducation propre à elle. Selon Ibrahim, le respect c’est la clé pour s’intégrer dans n’importe quel groupe. « Le respect dans la vie de la rue consiste à exécuter sans discussion ce qu’un membre plus âgé que toi te demande de faire. Même s’il faut faire du mal ! Il faut aussi savoir témoigner du respect dans son langage en utilisant des mots polis quand tu t’adresses à un membre plus âgé du groupe », explique  Ibrahim.  

« Grand-Maître », « Mokonzi » (Chef), « Mkumbwa ou Grand-Yangu » (aînés) sont parmi les nombreux termes polis et populaires dans la rue, utilisés par ces enfants quand ils se parlent.

L’art d’intimider

Pour ces enfants, c’est devenu un réflexe. L’intimidation a pour but de faire peur à une victime afin qu’elle n’oppose aucune résistance pendant une attaque ou un harcèlement. Ibrahim raconte comment il s’y prend pour intimider : « Si je me comporte comme un enfant normal, je dors affamé. Si je deviens un ‘’petit monstre’’, ce jour-là, on laisse tout à mon passage ! »

Changer la voix et l’apparence

Ce n’est pas pour rien que plusieurs enfants de rue à Goma sont identifiables par leurs tatouages et cicatrices au visage. On constate des plaies fraîches un peu partout sur leur corps chaque fois qu’ils viennent de se battre. Ils portent aussi des tatouages effrayants. Leur voix change brusquement selon le contexte. Parfois, la basse augmente, la voix devient plus lourde et grave. Un seul objectif : créer de la frayeur psychologique auprès d’une probable victime ou d’un adversaire.

« Chaque soir, on se rencontre dans notre refuge. Comme les autres, je donne une part d’argent issu du vol à la tire au chef du groupe. Ça s’appelle ‘’donner le rapport’’ et c’est la garantie de ma protection au sein de la bande. Personne ne peut me faire du mal ! », témoigne Ibrahim, la tête haute.

« Ibra », comme l’appellent affectueusement ses amis, a su développer son « instinct » de survie. Pourtant, ces enfants ont des droits constitutionnels, tels que le droit à la protection et à l’éducation. Selon l’article 41 de la Constitution, « les pouvoirs publics ont l’obligation d’assurer une protection aux enfants en situation difficile ». Hélas rien n’est fait pour ces enfants.

Chères autorités, il est temps de s’occuper plus sérieusement de ces enfants de rue. Car ils risquent d’être des bombes à retardement pour le futur de notre pays !

Rendez-vous bientôt pour la deuxième partie de ce billet !

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