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Livre de Blaise Ndala : « Sans capote ni kalashnikov »

Blaise Ndala, écrivain canadien d’origine congolaise, est l’un des écrivains africains les plus en vue du moment. Ses livres ont remporté beaucoup de prix littéraires. Son second roman, Sans capote ni kalachnikov (éditions Mémoire d’encrier, 2017), a notamment été finaliste du  Grand prix littéraire d’Afrique noire.

Le narrateur, un ancien enfant-soldat, connu par son surnom de guerre « caporal-chef Fourmi Rouge », raconte comment il a été obligé de rejoindre la rébellion en vue de se battre pour la dignité de son groupe ethnique, qui était marginalisé par un dictateur qui ne s’empêchait aucun excès pour se maintenir au pouvoir. Le cousin du narrateur Corneille, enfant-soldat lui aussi, inspiré par son père Victor, professeur de français, avait décidé de devenir écrivain et de tenir un journal pour y consigner chaque jour les exploits et les bavures des rebelles, « comme Che Guevara ». C’est grâce aux informations recueillis dans ce journal que le criminel de guerre, le général Katavirunga, alias Rastadamus,  a pu être arrêté et traduit devant la Cour pénale internationale de La Haye.

Les marchands de la misère

Le livre ne se contente pas de dénoncer la brutalité et la corruption du régime, la cruauté, le viol et le trafic auxquels s’adonnent les groupes armés de ce pays d’Afrique centrale nommé Cocagnie et qui ressemble beaucoup à la RDC. Il dénonce aussi les commerçants de la misère, qui « baisent » les pauvres « sans capote ni kalashnikov ». C’est le cas de la réalisatrice canadienne Véronique Quesnel, qui manipule les faits dans son film documentaire Sona, viols et terreur au cœur des ténèbres, afin de devenir une vedette de Hollywood. C’est le cas aussi des entreprises minières, des ONG humanitaires, des célébrités de tous genres qui se servent de la guerre et des pauvres pour se remplir les poches et assouvir leur désir de gloire.

Mais pas question pour Blaise Ndala de mettre tous les ONG humanitaires dans le même panier. Le médecin d’origine espagnol Miguel représente l’idéal du travailleur humanitaire honnête et dévoué, qui fait ce qu’il peut pour soigner les victimes de toutes les folies, sans arrière-pensée.

Une grande richesse intellectuelle

Le livre est très agréable à lire. On sent que l’auteur s’amuse beaucoup en l’écrivant, et amuse en même temps les lecteurs. Il joue avec les mots, crée des expressions. C’est ainsi qu’on rencontrera dans son livre beaucoup de « merdocrates », de « pro-fesseurs » (professionnels de fesses), etc.

Sans capote ni kalashnikov est d’une grande richesse intellectuelle. Ce serait une erreur de considérer ce roman comme un traité de philosophie. La sagesse de Victor, alias Victor Hugo, professeur de français et oncle du narrateur, ne peut laisser le lecteur indifférent. On apprendra par exemple que « les mots ne sont pas que des lettres accouplées les unes aux autres ; ils sont armes plus redoutables que celles que possède l’armée la mieux équipée du monde ». Ou encore : « Qui veut construire une maison ne doit pas oublier que cela se fait une pierre à la fois, une poutre à la fois, autrement c’est l’échec assuré… Regardez donc les oiseaux, ce n’est pas parce qu’ils sont faibles qu’ils ne transportent qu’une feuille ou une branche par voyage ; c’est parce qu’ils savent que la force mal investie se retourne infailliblement contre le prétentieux. » La dictature n’aimant pas les sages, le corps de Victor sera jeté dans un fleuve par les forces de sécurité.

Nous pouvons dire que Sans capote ni kalashnikov est un livre brillant qui prouve une tonnante connaissance de la jeunesse congolaise (et  africaine), de ses rêves, de ses passions et de ses révoltes. Un vrai chef-d’œuvre.

 

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